Le travail :Vers l’aliénation du grand nombre

> > Le travail :Vers l’aliénation du grand nombre ; écrit le: 23 mai 2012 par imen

Il faut pour comprendre cette nouvelle perspective reprendre les derniers mots de Socrate : « on produit toutes choses en plus grand nombre, mieux et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps convenable, se livre à un seul travail étant dispensé de tous les autres » et les comprendre à la façon d’Adam Smith.

Dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Adam Smith, comme Caligula, va bouleverser et pour longtemps l’économie politique en deux temps. Premier temps: il redéfinit les rapports entre prix, valeur et travail, en définissant le prix réel de chaque chose par la quantité de travail qu’elle contient ou suppose.

Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776

« Le prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c’est le travail et la-petne-qtr’ît’ doit s’imposer pour l’obtenir. Ce que chaque chose vaut réellement pour celui qui l’a acquise, èt qui cherche à en disposer ou à l’échanger pour quelque autre objet, c’est la peine et l’embarras que la possession de cette chose peut lui épargner et qu’elle lui permet d’imposer à d’autres personnes.

Ce qu’on achète avec de l’argent ou des marchandises est acheté par du travail, aussi bien que ce que nous acquérons à la sueur de notre front. Cet argent et ces marchandises nous épargnent, dans le fait, cette fatigue. Elles contiennent la valeur d’une certaine quantité de travail, que nous échangeons pour ce qui est supposé alors contenir la valeur d’une quantité égale de travail. Le travail a été le premier prix, la monnaie payée pour l’achat primitif de toutes choses. Ce n’est point avec de l’or ou de l’argent, c’est avec du travail, que toutes les richesses du monde ont été achetées originairement ; et leur valeur pour ceux qui les possèdent et qui cherchent à les échanger contre de nouvelles productions, est précisément égale à la quantité de travail qu’elles le mettent en état d’acheter ou de commander. »

Deuxième temps : à partir du moment où le prix réel d’une chose est défini par la quantité de travail qu’elle contient ; la richesse, elle-même, change de définition. Elle ne se caractérise plus par l’accumulation d’or, de merveilles et de dorures en tout genre, mais par la capacité de travailler toujours plus. Dès lors la richesse d’une nation ou d’une société se caractérise par la capacité de producfioffde ses membres, leur productivité.

Cette conclusion et ses conséquences sont exposées avec soin par Adam Smith lors de l’étude d’une fabrique d’épingles-, le processus de fabrication d’une épingle suppose dix-huit opérations distinctes pour la produire du début à la fin. En associant une personne à une opération et une seule au lieu de la laisser accomplir tout le processus, la productivité est jusqu’à mille fois supérieure.

Adam Smith est le premier à théoriser l’intérêt de la division technique du travail, sans voir qu’elle peut entrer en contradiction avec le but de la division sociale du travail, à savoir assurer la survie de tous au sein de la société. La division technique du travail ne vise pas à développer les capacités humaines mais les capacités de production. En donnant à chaque travailleur une tâche répétitive et parcellaire d’un processus de production dont il ne voit pas forcément le but, elle permet la suppression des temps morts, l’accélération dans la vitesse d’exécution, l’emploi d’outils plus spécialisés et performants. Elle fait donc du travail une activité de plus en plus mécanique et répétitive, une activité qui ne suppose ni conscience ni liberté, une activité donc qui au lieu d’humaniser le travailleur le réduit I à l’état d’automate ou d’animal.

Rappelons-nous de Chariot dans Les Temps Modernes qui ne cesse de visser des boulons, que l’ouvrier suivant tape comme des clous (! ?), sur une chaîne qui ne mène nulle part si ce n’est dans des engrenages mécaniques qui le dévorent, le digèrent puis le rejettent. Un Chariot, à moitié fou, ne contrôlant plus ses gestes, et qui simule à l’aide de ses clés à molette les cornes d’un taureau rendu furieux par un processus qui l’anéantit. Vous souvenez-vous de ce que l’Usine produit ? En tous les cas, le film ne le montre jamais.

Dans le chapitre XV du Capital intitulé « Machinisme et grande industrie », Marx étudie les conséquences ultimes de la division technique du travail. AÎors que la machine a toujours été présentée comme ce qui pourrait remplacer l’homme dans les travaux les plus mécaniques, répétitifs, pénibles et dégradants ; force est de constater qu’elle a toujours permis l’inverse dans les faits.

Marx, Le Capital(1867), Livre I, IV section, chapitre XV, IV (La fabrique), 1867

« Dans la manufacture et le métier, l’ouvrier se sert de son outil ; dans la fabrique il sert la machine. Là le mouvement de l’instrument de travail part de lui ; ici il ne fait que le suivre. Dans la manufacture les ouvriers forment autant de membres d’un mécanisme vivant. Dans la fabrique ils sont incorporés à un mécanisme mort qui existe indépendamment d’eux. »

Car le but de la machine, dans le processus de production, n’est pas de |-gnïjlagRr le travâîiieurt mais de remplacer sa force musculaire par de la force mécanique. Elle permet ainsi de mettre plus de monde au travail et même ceux.quiapparemment n’en avaient pas la force (comme les femmes et les enfants). Elle permet surtout d’imposer un rythme de travail, régulier et „continu. Dans la fabrique d’épingles, il fallait tout de même attendre que l’ouvrier précédent ait fini sa tâche pour y ajouter la mienne ; et même si l’ouvrier le plus rapide était placé en tête du processus, je pouvais discrètement lui demander de ralentir, ou secrètement espérer qu’il s’épuise. Avec la machine, ce n’est plus possible, il ne reste qu’à suivre la cadence en attendant comme Chariot d’être dévoré à plus ou moins long terme par le système mécanique qui me dépasse. À moins d’espérer être bien né, ou pouvoir monter les barreaux verticaux de la hiérarchie qui permettrait d’échapper à l’horizon de sa condition et faire partie de ceux qui gagnent plus en ne travaillant pas de la même façon.

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