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Le travail:vers la société

Vous êtes ici : » » Le travail:vers la société ; écrit le: 23 mai 2012 par imen

Le  travail:vers la société

Vers la société

S interroger sur le travail comme un ensemble d’activités donnant aux hommes une place particulière dans le monde suppose de comprendre d’abord le rapport particulier qui existe entre les termes travail, culture et société.

Dans le livre II de La République, Platon décrit la naissance des premières cités comme conséquence de la détresse et de la division du travail. Reprenons son hypothèse en repartant de cette fiction heuristique que constitue la fin de l’âge d’or. Il faut imaginer qu’une nature accueillante n’a pas vocation à rassembler les hommes. Les premières unions ont dû se faire dans la détresse, au moment où l’homme, seul, ne parvint plus, malgré ses efforts, à satisfaire ses besoins vitaux. Alors chacun dut admettre qu’il avait besoin des autres ; et en même temps que le travail de tous permettait à chacun de s’affranchir de la nature en la dominant, chacun devenait à son tour dépendant de tous les autres s’il voulait survivre. Et les hommes travaillèrent en groupe, puis les groupes se divisèrent eux-mêmes en spécialités selon les aptitudes de ceux qui les constituaient.


Platon La République, Livre II, 369-370, IV siècle av. J.-C.

SOCRATE — Ce qui donne naissance à une cité, repris-je, c’est, ¡e crois, l’impuissance où se trouve chaque individu de se suffire à lui-même, et le besoin qu’il éprouve d’une foule de choses ; ou bien penses-tu qu’il y ait quelque autre cause à l’origine d’une cité ?

ADIMANTE — Aucune, répondit-il.

S — Ainsi donc, un homme prend avec lui un autre homme pour tel emploi, un autre encore pour tel autre emploi, et la multiplicité des besoins assemble en une même résidence un grand nombre d’associés et d auxiliaires ; à cet établissement commun nous avons donné le nom de cité, n’est-ce pas ?

A — Parfaitement.

S — Eh bien donc ! repris-je, jetons par la pensée les fondements d’une c té ; ces fondements seront apparemment nos besoins.

A — Sans contredit.

S — Le premier et le plus important de tous est celui de la nourriture, d’où dépend la conservation de notre être et de notre vie.

A — Assurément.

S — Le second est celui du logement ; le troisième celui du vêtement et de tout ce qui s’y rapporte.

A — C’est cela.

S — Mais voyons I dis-je, comment une cité suffira-t-elle à fournir tant de choses ? Ne faudra-t-il pas que l’un soit agriculteur, l’autre maçon, l’autre tisserand ? Ajouterons-nous encore un cordonnier ou quelque autre artisan pour les besoins du corps ? – Certainement. — Donc, dans sa plus stricte nécessité, la cité sera composée de quatre ou cinq hommes.

A — Il le semble.

S – […] la nature n’a pas fait chacun de nous semblable à chacun, mais différent d’aptitudes, et propre à telle ou telle fonction. Ne le penses-tu pas ?

A – Si.

S — Mais quoi ? dans quel cas travaille-t-on mieux, quand on exerce plusieurs métiers ou un seul ?

A — Quand, dit-il, on n’en exerce qu’un seul.

S — Il est encore évident, ce me semble, que, si on laisse passer I occasion de faire une chose, cette chose est manquée.

A — C’est évident, en effet.

S — Car l’ouvrage, je pense, n’attend pas le loisir de l’ouvrier, mais c’est l’ouvrier qui, nécessairement, doit régler son temps sur l’ouvrage au lieu de le remettre à ses moments perdus.

A — Nécessairement.

S — Par conséquent on produit toutes choses en plus grand nombre, mieux et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps convenable, se livre à un seul travail étant dispensé de tous les autres. »

Il faut ainsi imaginer que la première cité s’organisa autour des travaux de tous et des aptitudes de chacun. Et chacun se spécialisant, la nécessité des échanges apparut et avec eux les premières lois pour organiser l’échange des biens – étymologiquement : l’éco-nomie.

Ainsi, d un point de vue individuel, le travail permet l’émergence et l’affirmation des aptitudes propres à chacun ; et d’un point de vue collectif la naissance et le développement des premières sociétés. Le travail semble donc pouvoir en tous sens se définir comme ce qui permet de passer de la nature à la culture, de 1 État de nature à la société^Comment comprendre alors qu il puisse être aussi défini comme une activité dégradante et aliénante, réduisant l’homme à n’être plus que la parcelle d’un processus qui le dépasse et l’écrase ?

Approfondissons, pour éclairer ce problème, la notion d’échange : le travail permet la production de valeurs d’usages qui seront ensuite échangées contre d autres biens dont l’usage est tout aussi important – des chaussures contre du blé par exemple. Dans cette perspective, où l’usage fait la valeur des choses, la nécessité de l’échange rend tous les travailleurs dépendants les uns des autres. Et cette interdépendance, communément appelée division sociale du travail, fait que personne n’est dépendant de quelqu’un en particulier.

Mais il existe une autre possibilité de division du travail où ce n’est plus 1 usage mais 1 échange qui fait la valeur des choses ; où l’important n’est pas seulement de satisfaire les besoins mais de « produire toutes choses en plus grand nombre, mieux et plus facilement ». Il s’agit alors de montrer que dans cette nouvelle perspective, la production laisse place à la productivité, l’ interdépendance à la hiérarchie et le travail à l’exploitation.

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