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Le langage : Les mots et les choses

Vous êtes ici : » » Le langage : Les mots et les choses ; écrit le: 24 mai 2012 par imen

Le langage : Les mots et les choses Considérons à présentie langage comme le résultat d’une imperfection. Imaginons qu’il soit au départ et simplement une technique de survie qui permet à l’homme – l’animal le plus faible et le plus nu – de survivre en faisant appel à ses congénères pour s’organiser en sociétâ Brrce sens, l’expression que permet et suppose le langage serait bien au service de la communication, ou plus précisément de la communauté. Dans une telle perspective, nous comprenons alors que le but des mots n’est pas de nommer le réel, mais de désigner un certain nombre de rapports entre les hommes et les choses. Et la plupart de ces rapports sont d’ordre fonctionnel ou social. Quand désignant cette chaise où ¡’écris, ou ce fauteuil où vous êtes, en employant les mots « pieds », « bras », « dossier » ou « siège », je ne dis rien de ces choses en elles-mêmes mais rappelle seulement leur fonction et leur utilité humaine, il est étonnant de voir à quel point lorsque nous croyons parler des choses, nous ne parlons encore que de nos désirs et de nos besoins. L’anthropocentrisme des mots et l’anthropomorphisme des choses sont l’horizon premier de notre vocabulaire.

Dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, Nietzsche nous rappelle que le propre de la conscience est la dissimulation et l’illusion. En ce sens, et parce qu’il est à la fois l’expression de la conscience et de la société, le langage est de toute part mensonger. Il est en effet impossible pour une conscience d’établir une adéquation entre les mots et les choses : la réalité – la fameuse « chose en soi » de Kant – est toujours inaccessible, car nous ne pouvons l’approcher qu’à travers une multitude de filtres imparfaits comme les sens, les sentiments, l’interprétation, le jugement, les préjugés, le vécu. Le langage, lui-même, n’est qu’un filtre de plus, aussi partial et imparfait que les autres.


Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral, 1873

« Nous classons les choses d’après des genres, nous désignons l’arbre comme masculin et la plante comme féminine : quelles transpositions arbitraires I A quel point sommes-nous éloignés du canon de la certitude I Nous parlons d’un serpent : la désignation n’atteint que le fait de se contorsionner et pourrait donc convenir au ver également. Quelles délimitations arbitraires, quelle partialité que de préférer tantôt l’une, tantôt l’autre des propriétés d’une chose I Comparées entre elles, les différentes langues montrent que les mots ne parviennent jamais à la vérité ni à une expression adéquate ; s’il en était autrement, il n’y aurait pas en effet un si grand nombre de langues. La “chose en soi” (qui serait précisément la vérité pure et sans conséquence) reste totalement insaisissable et absolument indigne des efforts dont elle serait l’objet pour celui qui crée un langage. Il désigne seulement les rapports des hommes aux choses, et pour les exprimer il s’aide des métaphores les plus audacieuses. Transposer une excitation nerveuse en une image I Première métaphore. L’image à son tour transformée en un son I Deuxième métaphore. Et chaque fois, saut complet d’une sphère à une autre, tout à fait différente et nouvelle. Nous croyons posséder quelque savoir des choses elles-mêmes lorsque nous parlons d’arbres, de couleurs, de neige et de fleurs, mais nous ne possédons cependant rien d’autre que des métaphores des choses, et qui ne correspondent absolument pas aux entités originelles. »

Par un raisonnement qui prend le langage à son propre piège – si les mots désignaient les choses, il n’y aurait qu’une seule langue, or il existe une multitude de langues, donc… , Nietzsche remet en cause la croyance et la passion qui accompagnent la plupart des discours depuis des millénaires et dont le nom est vérité.

Puisque les mots ne désignent pas les choses, puisque l’adéquation ou la correspondance entre la conscience et le réel est un non-sens, la possibilité même de la vérité est un mensonge de plus. Pourtant la volonté de vérité existe bien ; et la plupart pensent encore atteindre un jour la vérité ou en posséder déjà une bonne part. C’est donc que la vérité n’est qu’une convention inventée par le langage, une grammaire consistant à se servir en commun des mêmes dénominations. On comprend alors que le langage sous couvert d’être un instrument de savoir peut-être vu comme un moyen de pouvoir.

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