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La culture :Artiste et artisan

> > La culture :Artiste et artisan ; écrit le: 25 mai 2012 par imen


Nous voilà ici devant un domaine à la fois inexpliqué ef familier. Une telle contradiction apparente explique déjà peut-être pourquoi les conflits sont si fréquents au sujet de l’art. Car, au fond, nous croyons tous à peu près savoir reconnaître une véritable oeuvre d’art ; et même, sans l’avouer, estimons que notre goût, formé avec les années, est souvent plus délicat ou affirmé que celui de la plupart. Alors il faut se méfier de ne pas confondre ce que l’on aime avec de l’art. Et même lorsque le goût majoritaire et les critiques officielles s’accordent à délivrer le statut d’art à une oeuvre, il faut alors prendre garde à ne pas appeler chef-d’œuvre ce qui plaît au plus nombreux.

Il serait plus facile d’avoir des critères précis pour définir une oeuvre d’art, mais l’académisme, le dogmatisme ou l’erreur nous menacent chaque fois que nous tentons de définir des règles de l’art. Et puis, il faut aussi se souvenir de toutes ces oeuvres qui rejetées en leur temps sont aujourd’hui considérées comme de l’art ; se rappeler de tous ceux qui se prétendaient artistes et sont tombés aujourd’hui dans l’oubli qui convient mieux aux médiocres. Les choses peuvent nous sembler plus confuses encore quand de véritables artistes (parfois même reconnus comme génies) se considèrent eux-mêmes comme des ratés ; ainsi Flaubert, écrivant au sujet de la rédaction de Madame Bovary : « je me demande à quoi bon aller grossir le nombre des médiocres (ou des gens de talent ; c’est synonyme) et me tourmenter dans un tas de petites affaires qui d’avance me font hausser les épaules de pitié. »

 Artiste et artisan

Pour éviter de tomber dans le dogmatisme que suppose l’élaboration de règles de (ou pour) l’art et la supercherie qui consiste à croire qu’il est possible de créer à partir de rien, il semble dès l’abord utile de partir non pas des œuvres mais de l’activité qui consiste à produire ou à créer ce qui ensuite pourra ou non être considéré comme de l’art. Au départ, il y a non pas une mais deux activités qui se ressemblent et parfois même se confondent, celle de l’artiste et celle de l’artisan. Elles se ressemblent lorsque l’un comme l’autre ont besoin d’apprendre et d’utiliser un certain nombre de techniques pour parvenir à leurs fins. Elles se confondent parfois, lorsque l’artisan amène son produit à un tel degré de qualité ou de perfectionnement qu’il en finit par devenir unique et exemplaire. Elles se distinguent souvent pourtant par rapport à leurs buts lorsque l’artisan vise à l’utilité et à la satisfaction des besoins alors même que l’artis revendique la libre expression de ses désirs et l’inutilité économique c ses œuvres. Il peut être intéressant pour mieux délimiter le domaine c l’art d’étudier plus encore la différence entre l’artiste et l’artisan.

Alain, Système des Beaux-arts, Livre premier, chapitre 7, 1920

« Il reste à dire maintenant en quoi l’artiste diffère de l’artisan. Toutes les fois que l’idée précède et règle l’exécution, c’est industrie. Et encore est-il vrai que l’œuvre souvent, même dans l’industrie, redresse l’idée en ce sens que l’artisan trouve mieux qu’il n’avait pensé dès qu’il essaye ; en cela il est artiste, mais par éclairs. Toujours est-il que la représentation d’une idée dans une chose, je dis même d’une idée bien définie comme le dessin d’une maison, est une oeuvre mécanique seulement, en ce sens qu’une machine bien réglée d’abord ferait l’œuvre à mille exemplaires. Pensons maintenant au travail du peintre de portrait ; il est clair qu’il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu’il emploiera à l’œuvre qu’il commence ; l’idée lui vient à mesure qu’il fait ; il serait même plus rigoureux de dire que l’idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu’il est spectateur aussi de son œuvre en train de naître. Et c’est là le propre de l’artiste. Il faut que le génie ait la grâce de nature, et s’étonne lui-même. Un beau vers n’est pas d’abord en projet, et ensuite fait ; mais il se montre beau au poète ; et la belle statue se montre belle au sculpteur, à mesure qu’il la fait ; et le portrait naît sous le pinceau. […] Le génie ne se connaît que dans l’œuvre peinte, écrite ou chantée. Ainsi la règle du beau n’apparaît que dans l’œuvre, et y reste prise, en sorte qu’elle ne peut servir jamais, d’aucune manière, à faire une autre œuvre. »

Il s’agit, pour comprendre, ces propos d’Alain de distinguer entre deu synonymes et entre deux places. Commençons par ces deux mots : proches qui donnent pourtant lieu à deux activités différentes : le pla et le projet. Un plan, comme celui que suppose une dissertation ou celi que vous suivez pour vous rendre chez quelqu’un, apporte et contier un nombre précis d’éléments et de moyens permettant de parvenir à so but ; et il suffit de le suivre avec rigueur et détermination pour réussi En cela le plan, comme la recette ou le mode d’emploi, règle à l’avanc et de façon déterminée les différentes étapes qui peuvent mener à 1 production d’un produit. Puisque, par définition, une œuvre d’art s doit d’être unique et original, un processus de production planifiée n peut s’appliquer qu’à l’artisanat et à l’industrie. Et cela signifie en effe « qu’une machine bien réglée d’abord ferait l’œuvre à mille exemplaires > Pourtant, il arrive « que l’artisan trouve mieux qu’il n’avait pensé dès qu’: essaye ; en cela il est artiste, mais par éclairs ». Cet éclair de « génie » nous renvoie directement à l’idée de projet. Avoir un projet consiste justement à vouloir réaliser un but sans savoir exactement comment y parvenir ; ce qui revient à vouloir atteindre un but sans plan tracé à l’avance. Si le

domaine de l’art ne vous est pas familier, ou si vous croyez n’avoir jamais essayé de tenter une telle chose, il suffit de se rapporter aux jeux de la séduction pour bien comprendre ce que signifie ici ce mot de « projet ». Si, dans le domaine de l’amour, les plans ne fonctionnent précisément jamais, c’est tout simplement parce qu’ils oublient toujours les hasards et ne peuvent prendre en compte la liberté d’autrui. En ce sens, il ne peut y avoir que des projets de séduction ; et chacun, dans de telles situations essaye à chaque instant de saisir dans le regard ou l’attitude de l’autre les progrès ou les encouragements de son projet sans jamais savoir s’il parviendra à ses fins1. Cela suppose donc d’être à deux places à la fois : acteur et spectateur de son projet.

il peut alors arriver, à chacun de nous, que le projet réussisse ; mais si cela suffit peut-être à définir l’art de la séduction, cela ne définit pas encore tout à fait l’activité de l’artiste. Car pour être artiste, il faut encore que la réussite du projet donne un résultat, non seulement supérieur à ce qu’aurait donné un simple plan, mais encore tellement supérieur à ce que l’on espérait au départ que cela le surprend lui-même : « l’idée lui vient à mesure qu’il fait ; il serait même plus rigoureux de dire que l’idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu’il est spectateur aussi de son œuvre en train de naître. Et c’est là le propre de l’artiste. Il faut que le génie ait la grâce de nature, et s’étonne lui-même ». Tout serait pour le mieux dans le monde des arts, et il pourrait même nous ouvrir les bras si Alain ne rajoutait pas dans cette dernière phrase des termes aussi mystérieux et aussi complexes à définir que l’art ou la beauté, à savoir les mots de « grâce » et de « génie ». Ne peut-on faire de l’art ou prétendre à l’art que si l’on est soi-même un génie ? Peut-on devenir un génie ; et si oui, comment le devient-on ? Autant de questions auxquelles e ne suis pas sûr de répondre, car si réponse il y a, il faut peut-être mieux .es garder pour soi.

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