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Le désir :vers le bonheur et la sérénité

Vous êtes ici : » » Le désir :vers le bonheur et la sérénité ; écrit le: 24 mai 2012 par imen

Le désir :vers le bonheur et la sérénité

Pour Épicure, le bonheur est le but ultime de l’homme, le but par rapport, auquel tous les autres buts n’apparaissent au mieux que comme moyens. Le bonheur est tout car son possesseur ne désire rien de plus. Mais la plupart du temps, nous ressentons le trouble et le manque ; cela se manifeste par le désir et la peur, et nous passons notre vie à rechercher le bonheur plutôt qu’à l’atteindre. À tous ceux qui font ce constat, Épicure apporte la plus simple des réponses : si nous ne sommes pas heureux, c’est parce que nous désirons mal.

Il ne faut surtout pas comprendre cette réponse d’un point de vue moraliste, en pensant qu’il faudrait pour être heureux ne désirer que « le bien ». Mal désirer consiste à méconnaître ce qui nous rend heureux, ou pire encore consiste à être malheureux du fait même de nos désirs.


Pour sortir de cette ignorance, il convient d’examiner en toute conscience ce qui nous rend heureux ou malheureux, et cet examen s’appelle : philosophie.

La philosophie, elle-même, n’est qu’un moyen au service du bonheur, mais le meilleur de tous, car elle permet à chacun de comprendre que, la plupart du temps, les véritables obstacles au bonheur ne sont pas dans les choses mais dans l’idée qu’on s’en fait ; ainsi ce que nous redoutons dans la mort n’est pas la mort elle-même (dont nous ne savons rien) mais l’idée qu’on s’en fait. Mal désirer, c’est ainsi mêler aux désirs des opinions et des peurs qui nous empêchent d’être heureux.

Examinons alors, à nouveau, la place particulière de la conscience humaine entre désir de jouir et peur de mourir et la philosophie nous permettra de comprendre que cette place est intenable sauf si l’on est heureux. Car si la plupart de nos désirs ne sont qu’une fuite devant la peur de mourir, ils ne sont finalement que vains, c’est-à-dire vide et vanité. Et devant chaque désir, où se lit la peur de mourir, comme le désir d’immortalité, des honneurs, des richesses, ou de toutes formes d’accumulation par laquelle nous croyons échapper au temps, se dressent l’insatisfaction et le trouble permanent de ceux qui en veulent toujours plus, et se condamnent par cela même à être au fond toujours malheureux.

Bien désirer consiste alors, pour échapper à ces vaines accumulations, à savoir se satisfaire de peu. Car de façon paradoxale, une telle philosophie nous permet de comprendre que celui ou celle qui se satisfait de peu multiplie les possibilités de jouir. Rappelez-vous à quel point un simple verre d’eau ou un morceau de pain peut provoquer du plaisir s’ils arrivent après une période de disette ; rappelez-vous aussi à quel point le met le plus raffiné ne provoque que dégoût si vous êtes déjà rassasié. En ce sens le bonheur est d’abord une attitude face aux désirs et aux peurs, aux plaisirs et aux douleurs ; l’attitude de celui qui, jeune ou vieux, pratique la philosophie.

Epicure, Lettre à Ménécée, vers 300 av. J.-C.

« Epicure à Ménécée, salut.

Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme.

Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. […]

Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se proeuref, ne+’estpas tout ce qui est vain.

Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : galette d’orge et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à j l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.

Le raisonnement sobre, lucide, recherche minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chasse les croyances et les opinions à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme. »

Philosopher consiste donc à éloigner du désir « les croyances et les opinions » qui provoquent le désordre dans l’âme. Et c’est précisément ici que le bât blesse ; par aujourd’hui, comme hier, la plupart des désirs ne sont justement que le reflet des croyances et des opinions, l’expression de représentations sociales qui nous invite à un bonheur « prêt à consommer ».

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