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Le courant herméneutique : interprétation et Langage

Vous êtes ici : » » Le courant herméneutique : interprétation et Langage ; écrit le: 10 mai 2012 par chiraz

Le courant herméneutique : interprétation et Langage

Si l’herméneutique existait avant le XXe siècle – l’interprétation des textes religieux, l’exégèse, la philologie , elle désigne dorénavant un nouveau courant philosophique qui approfondit une approche inédite de la vérité et constitue une théorie philosophique de l’interprétation. La crise contemporaine du fondement de la vérité amène à reconnaître l’importance du processus d’interprétation par lequel les hommes donnent sens à leurs existences et leurs situations historiques.


Qu’est-ce que l’herméneutique ?

L’herméneutique (du grec herméneuein, interpréter) a d’abord désigné l’interprétation des textes sacrés. Il s’agissait de saisir le sens de certains passages dont l’intelligibilité n’était pas immédiate. Or, la Bible étant la parole de Dieu, rien d’insignifiant ne pourrait s’y rencontrer. Tout devait avoir un sens digne de son auteur. On élabora alors l’idée que le texte comprenait deux niveaux de signification : le sens littéral (ce qui est dit exactement, à la lettre) et le sens spirituel ou allégorique (ce que cela signifie vraiment, selon l’esprit). L’art d’interpréter consistait à saisir le sens caché à partir du sens manifeste. La philologie, étude des textes anciens, consiste également à interpréter. L’herméneutique rassemblait ainsi un ensemble de règles et de procédures à observer pour lire correctement un texte (car interpréter, ce n’est pas deviner). C’était la “science du texte.

Déchiffrer le sens caché

Il est nécessaire d’interpréter lorsque la vérité n’est pas immédiate. L’interprétation consiste à déceler une vérité qui ne se donne pas immédiatement à la lecture d’un texte. Interpréter, c’est déchiffrer le sens caché sous le sens apparent, ce dont l’herméneutique biblique fut le premier para­digme historique. Cependant, en ce premier sens, la vérité et l’interprétation se recouvrent finalement en ce que le tra­vail d’interprétation est un processus qui aboutit à la vérité. Pour cette première forme historique d’interprétation, celle-ci est une forme d’accès à la vérité. Or, pour qu’une herméneutique moderne apparaisse, il faut faire la diffé­rence entre ce qui fait sens et ce qui est vrai, il faut comprendre que l’absence de la vérité est comme la condi­tion de l’interprétation,  l’herméneutique est une nouvelle métamorphose du problème philosophique de la vérité au XXe siècle.

Si interpréter consiste à donner ou trouver une signification à un fait, un acte, un événement, un symbole, une parole, etc., on ne voit pas a priori ce qui pourrait lui échapper. Il est toujours possible d’interpréter ce que l’on veut. Pour être interprétable, il suffit de pouvoir recevoir un sens. Les grandes institutions culturelles telles que l’art, les religions, les sciences de la nature, les sciences humaines ou encore la philosophie elle-même ne se présentent-elles pas volontiers comme autant d’interprétations intégrales du monde ? Tout serait donc indéfiniment interprétable.

Interprétation et vérité

Qu’est-ce qui permet de faire la différence entre une bonne et une mauvaise interprétation ? L’hypothèse que tout puisse être interprété, qu’il n’y ait aucune limite à l’activité interpré­tative n’implique-t-elle pas qu’aucune interprétation ne peut être plus vraie qu’une autre et que toutes se valent ? Ce qui revient à dire qu’aucune interprétation ne peut accéder au rang de vérité (et réduire, ce faisant, toutes les autres ver­sions à des discours fictifs). Une telle dissolution de l’exi­gence de vérité ne débouche-t-elle pas à son tour sur un relativisme, préjudiciable dans les domaines de la morale, du droit, de l’histoire ?

Cependant, si la vérité est indépendante du sujet qui la découvre – par définition, la vérité vaut universellement pour tous, – l’interprétation, elle, s’ouvre à la subjectivité de celui qui l’effectue. Il s’agit chaque fois d’un sujet qui décrypte un signe et en propose le sens. Ce point est essentiel : l’interpré­tation implique l’intervention d’un sujet. Elle n’est pas le dévoilement d’une vérité, mais bien plutôt l’acte d’un sujet qui découvre une vérité.

Dès lors, l’interprétation peut s’éloigner de la vérité, voire être erronée, ce qui se manifeste particulièrement dans le fait que le sujet peut identifier comme signe à interpréter ce qui ne l’est pas. En psychiatrie, par exemple, le paranoïaque est sujet à des “délires d’interprétation” : il voit des signes là où il n’y a pas lieu d’en percevoir, ce en quoi il est malade. Quand on reproche à quelqu’un d’avoir “mal interprété” des propos ou une attitude, on dénonce l’écart trop important entre le signe interprété et le sens proposé. Il semble ridicule de don­ner un sens à ce qui n’en a pas (le hasard, l’absurde), superflu de donner plusieurs significations à ce qui n’a qu’un sens, clair et évident (l’univoque), périlleux de conférer une signil i cation à ce qui est inintelligent (les phénomènes naturels qui ne veulent rien dire, étant dépourvus d’une intention tic signi fier quelque chose : ainsi, la superstition qui prêle un sens a la rencontre hasardeuse d’un chat noir ou d’un astre).

Vers une problématique contemporaine de l’interprétation

Dilthey : expliquer et comprendre

Il revient à Wilhelm Dilthey (1833-1911) d’ouvrir la voie à une problématique moderne de l’interprétation. Philosophe allemand, il étudia la théologie, l’histoire et la philosophie à Berlin, puis fut professeur de philosophie à Bâle puis à Ber­lin. Il est l’auteur de nombreux articles, notamment sur l’auteur qui inspira ses travaux, Friedrich Schleiermacher (1768-1834). Sa pensée étudie la nature et la méthode des sciences de l’esprit, ou les sciences humaines, en plein essor à la fin du XIXe siècle. On peut retenir son Introduction aux sciences de l’esprit (1883) qui élabore la distinction entre sciences de la nature et sciences de l’esprit.

Le rejet du positivisme

Dilthey refuse le positivisme, dominant la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, qui prétend expliquer tous les phéno­mènes sur le modèle de la science physique en mettant au jour les rapports de causalité entre les phénomènes naturels car, pour ce qui concerne la vie humaine, l’explication ne peut se contenter de chercher des corrélations causales. L’homme est un être qui comprend sa situation et qui, par conséquent, à affaire au sens. Par exemple, si nous cherchons à comprendre la vie d’un homme, d’une culture ou d’une ins­titution, il nous faut saisir le sens des moments de leur his­toire. Cette saisie d’un sens n’a plus rien de commun avec la démarche explicative consistant à vérifier expérimentalement une succession de causes et d’effets : elle a précisément le sta­tut d’une interprétation. Les phénomènes historiques, tout en étant déterminés, sont des phénomènes signifiants. Ils suppo­sent une causalité intentionnelle, celle des acteurs qui choi­sissent d’agir de telle ou telle manière, et accordent à leurs actions des significations. L’explication doit donc être complétée par la compréhension.

Sciences de la nature et sciences de l’esprit

Il convient de séparer nettement les sciences qui ont pour objet l’homme et celles qui prennent en charge les phénomènes naturels. Outre les sciences historiques, la socio­logie ou la psychologie font partie de ce que Dilthey appelle les « sciences de l’esprit » pour les distinguer des « sciences de la nature ».

Expliquer (erklären) désigne le mode d’explication par des cau­ses naturelles dans les sciences physiques ; comprendre (verste­hen) désigne le mode d’explication par des raisons dans les sciences humaines. La compréhension des choses de l’esprit, c’est-à-dire de tout ce qui n’est pas réductible à la matière mais manifeste la culture, relève d’une herméneutique. Toute la ques­tion est de savoir, quelle objectivité – c’est-à-dire finalement quelle vérité – accorder à cette compréhension, à côté de l’exac­titude et de la certitude des sciences physiques ?

Le tournant herméneutique de la phénoménologie

La question du langage

Husserl, fondateur de la phénoménologie, n’avait pas de sensi­bilité particulière au langage et aux problèmes qui lui sont relatifs. Le projet d’un “retour aux choses mêmes” supposait qu’on se débarrasse des théories et des livres qui les recou­vraient. La question d’une interprétation ne se posait pas pour lui. C’est ce point qui va être l’objet d’une révision radicale par Heidegger d’abord, puis Gadamer et Ricœur ensuite, et donner lieu à ce qu’on peut nommer le tournant herméneutique de la phénoménologie.

On remarquera que ce tournant est historiquement parallèle au lingistic turn de la philosophie anglo-saxonne. C’esl donc une caractéristique de la philosophie du xx1‘ siècle que de déceler l’oubli qui pesait sur le langage. A l’enconlre de la conception instrumentale qui prévalut longtemps, les mots ne sont pas des symboles dont se sert la pensée lorsqu’elle veut se communiquer, comme si la pensée s’effectuait d’abord sans langage. Le langage est au contraire le milieu de toute pensée et de tout sens. Il faut convenir que le rapport des hommes au réel est traversé par le langage, que le langage est une dimension du réel.

L’expérience du monde et son interprétation

Le regard phénoménologique prétend saisir les choses telles qu’elles sont et se garde de toute construction métaphysique et scientifique. Comment cependant est-il possible de “reve­nir aux choses mêmes” ? Comment l’intentionnalité de la conscience peut-elle rejoindre directement les choses mêmes ? Pour Heidegger, ce qui doit être mis en lumière par la phénoménologie, c’est justement ce qui ne se montre pas Les phénomènes ne sont pas accessibles indépendamment des interprétations qui les engluent et qui les cachent. L’intentionnalité de la conscience est une visée de sens ; elle est nécessairement articulée aux compréhensions du phénomène, compréhensions qu’il faut interpréter. La phénoméno­logie requiert une herméneutique. Dorénavant, par herméneutique, on n’entendra plus une théorie universelle et normative de l’interprétation, avec des règles pratiques et définies, mais une réflexion philosophique sur le phénomène de la compréhension et le caractère interprétatif de notre expérience du monde.

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