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Le courant herméneutique : Gadamer

Vous êtes ici : » » Le courant herméneutique : Gadamer ; écrit le: 12 mai 2012 par chiraz

Le courant herméneutique : Gadamer

Gadamer : interprétation et compréhension

Philosophe allemand, Hans-Georg Gadamer (1902-2002) fit ses études auprès de Husserl et Heidegger, puis il fut professeur à l’université de Francfort et de Heidelberg. Il propose une herméneutique philosophique dans Vérité et méthode publié en 1960. Citons également : L’Art de comprendre. Ecrits I : Herméneutique et tradition philosophique. Écrits II : Herméneutique et champ de l’expérience humaine (1982) ; La Philosophie herméneutique (1996).


La vérité est solidaire de l’existence concrète du sujet

Gadamer, avec son ouvrage Vérité et méthode, s’engage dans la réflexion philosophique de la compréhension et de l’herméneuti­que. Dépassant l’œuvre de Dilthey, il propose une analyse phénoménologique de l’interprétation. La compréhension ne se règle pas sur un idéal d’objectivité scientifique, pour laquelle la vérité est absolument indépendante de l’interprète ; elle est, au contraire, solidaire de l’existence concrète de celui qui comprend. La compréhension vise une vérité qui échappe au modèle de la vérité scientifique. De plus, elle n’est pas une réalité marginale ou ano­dine mais un mode d’être fondamental de l’existence humaine.

Pour saisir la différence entre la conception scientifique et restrictive de la vérité et la notion de vérité dans toute son étendue Gadamer s’intéresse en premier lieu à trois expériences distinctes, celles de l’art, de l’histoire et du langage, qui permettent de saisir la vérité de la compréhension. En fait, Gadamer rejette une vérité qui serait entièrement fondée sur la certitude subjective du sujet connaissant. Art, histoire et langage sont remarquables à cet égard car ils destituent la primauté du sujet au profit de la chose.

L’art comme provocation de l’interprétation

L’expérience de l’art peut être comprise à partir de celle du jeu. Gadamer insiste sur le fait que les joueurs sont indépendants du jeu en tant que tel, qui leur préexiste avec ses règles et son but, de sorte que l’essence du jeu est distincte des joueurs qui y participent. L’art est comparable au jeu, en ce sens que la conscience du spectateur ne « fait » pas l’œuvre d’art. C’est, au contraire, celle-ci qui permet au sujet d’expérimenter un certain rapport au réel. Gadamer s’oppose ici à la conception moderne et subjective de l’art pour laquelle tout serait dans le regard du sujet et son goût subjectif. L’œuvre est au contraire une œuvre objective, réelle, massive, qui présente au spectateur un aspect de la réalité laissé inaperçu dans la vie ordinaire. Et, ici aussi, la conscience de l’auteur n’a rien à voir avec l’expérience que le spectateur peut faire par le biais de l’œuvre. L’œuvre est première : elle saisit d’abord le sujet qui peut ensuite émettre un jugement de goût. L’œuvre d’art est l’événement d’une présentation de la réalité ayant toujours un sens. Elle provoque l’interprétation à son propos.

L’histoire, l’expérience d’une compréhension spontanée

Nous avons déjà compris avec Dilthey que l’histoire nous conduit à la nécessité d’une herméneutique, c’est-à-dire d’une compréhension qui élargisse la conception scientifique de la vérité.

en effet le monde culturel et humain dans lequel nous vivons implique une compréhension. Il a indéniablement une dimension historique, c’est-à-dire aussi relative, changeante, variable. Alors que Dilthey était “encore” à la recherche d’une compréhension scientifique, Gadamer rejette toute conception de l’enquête historique qui assigne à l’historien la fonction de reconstruire méthodiquement et objectivement le passé ; qui considère que le passé, mort, n’a d’intérêt que pour le progrès présent ; enfin, qui exige de l’historien qu’il se défasse de ses préjugés modernes. Gadamer récuse cette conception de l’histoire et de la compréhension qu’elle implique. Pour lui, la compréhension n’est pas une opération méthodique. L’homme a la possibilité d’écrire l’histoire passée parce qu’il est lui-même un être historique, plongée dans la situation de son époque. Nous sommes capables de comprendre une époque révolue à partir des préjugés de notre époque, à partir de la “situation herméneutique” qui est la nôtre. L’enracinement historique qui est le nôtre est la condition de notre compréhension des époques passées. Il doit aussi être l’objet d’une prise de conscience qui nous révèle la finitude de notre compréhension. Contrairement aux sciences exactes nous ne pouvons pas nous extraire de notre époque.

Contre « le préjugé à l’égard des préjugés »

Pourquoi est-il question de préjugés ? La philosophie des Lumières et son idéal rationaliste avaient réduit le préjugé à une opinion reçue non examinée, provenant d’une expérience ou d’une tradition. Le préjugé s’oppose à l’exercice autonome de la raison comme obstacle qui peut toujours entraver ses efforts pour chercher la vérité. Gadamer veut mettre au jour « le préjugé à l’égard des préjugés ». Il propose une critique de la critique du préjugé en vue de réhabiliter ce dernier.

Le premier argument de Gadamer est que le projet de se délester de tous nos préjugés et croyances est un idéal rationnel inaccessible pratiquement. Une telle autonomie signifierait que nous serions abstraitement « hors monde ». Le second argument reconnaît au préjugé une véritable positivité.

Celui qui comprend l’histoire est « en situation » dans l’histoire, il est concerné par le passé vers lequel il se tourne. Le préjugé doit plutôt être reconnu comme une précompréhension en amont de l’exercice rationnel du sujet. Il témoigne de l’inscription du sujet dans une histoire, une culture, une tradition, c’est-à-dire aussi un lien avec les autres et les expériences passées.

La compréhension doit être comprise comme un dialogue. Se tourner vers les œuvres du passé revient à lire un texte, à le comprendre, à mettre au jour un sens qui est pas une objectivité désincarnée mais un sens pour nous qui le comprenons ici et maintenant. La situation herméneutique dans laquelle s’enracine notre compréhension en est la condition d’intelligibilité et de possibilité. Or, comme il l’est pour tout dialogue, le langage est le milieu de la compréhension.

Le langage, dimension essentielle de la compréhension

Ce que le langage n’est pas

Pour comprendre l’importance du langage dans l’élaboration gadamérienne de la compréhension, il faut partir de ce que celui-ci n’est pas. Le langage n’est pas un instrument neutre qui permettrait de communiquer. Cette conception vulgaire le réduit à un outil pratique qui manque son essence. Elle supposerait, en particulier, que le langage serait extérieur, voire étranger au rapport de l’homme au monde. Comme pour l’expérience de l’art ou de l’histoire, Gadamer va renverser les l’apports traditionnels.

Le langage n’est pas la faculté d’expression d’un sujet, mais la condition du sens qui précède tout sujet. Le langage est antérieur à l’individu et le constitue comme ouvert au monde. Il est faux de réduire le langage à l’énoncé (c’est-à-dire à la logique comme Frege et Russell) ; la vérité ne peut être réduite à l’objectivité scientifique (du type des sciences physiques) pour un être dont le langage et la compréhension constituent le rapport au monde. Il est tout aussi erroné de réduire le langage aux abstractions linguistiques qui décomposent la langue réelle en signes sans considérer qu’elle est parlée et prise dans les rapports que nous avons avec les autres comme avec la phénoménalité du monde.

Le langage comme condition de l’être-au-monde

Le langage est ainsi élevé au rang de « condition langagière de notre expérience du monde » (L’Art de comprendre). Le langage est finalement le « lieu » où nous avons accès à l’être puisque l’être est parole. Ce n’est pas seulement l’être qui se donne dans le langage mais surtout autrui. Le langage est la marque de notre finitude, puisque nous ne pouvons jamais espérer de parole adéquate, mais il est la condition d’une compréhension mutuelle, d’un dialogue possible. On peut conclure avec Gadamer, qui rejoint ici la philosophie analytique, de l’importance nouvelle que la philosophie contemporaine accorde au langage .

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