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Merleau-Ponty : la dimension incarnée de l’existence

Vous êtes ici : » » Merleau-Ponty : la dimension incarnée de l’existence ; écrit le: 10 mai 2012 par chiraz

Merleau-Ponty : la dimension incarnée de l'existence

Condisciple et cofondateur (avec Sartre) de la revue des Temps modernes, Merleau-Ponty (1908-1961), philosophe français, fut professeur à la Sorbonne et au Collège de France. Il meurt prématurément à l’âge de 53 ans. Parmi tous ses ouvrages et cours, citons notamment La Structure du comportement (1942), Phénoménologie de la perception (1945) et Le Visible et l’invisible (1964, inachevé et posthume). Sa pensée a également un volet politique : Humanisme et terreur (1947) et Les Aventures de la dialectique (1955).


Dépasser l’opposition âme/corps

L’œuvre de Merleau-Ponty, profondément originale, prend son départ dans la volonté de dépasser l’opposition abstraite âme/ corps et les objectivations scientifiques de l’être humain.

La perception avant l’objectivation

À travers une réflexion sur la perception, Merleau-Ponty cher­che à saisir l’acte de perception du monde et de son sens avant leur réduction scientifique et idéaliste à une vérité rationnelle ou pragmatique.

La polarisation du comportement

On ne peut comprendre le comportement d’un organisme si on le décompose analytiquement en un ensemble abstrait de réflexes et de fonctions physiologiques. Un être vivant est un tout, un organisme est une totalité vivante percevant un monde auquel il donne sens. Ce qu’on exprimera en disant qu’il est une forme. C’est pourquoi le comportement d’un être vivant est tou­jours polarisé, positivement ou négativement. Il ne relève pas d’une neutralité quantitative mais d’une évaluation qualitative normée. Autrement dit, il n’est jamais indifférent à sa situation dans son milieu.

Le comportement est une forme ou une structure générale, c’est-à-dire une certaine constance dans les conduites orien­tées vers une norme, un optimum dans le rapport entre le soi et le monde. Les réactions d’un organisme se structurent en un comportement qui, au sein de son milieu, a du sens et de la valeur.

Ainsi, Merleau-Ponty est progressivement passé de la psycho­logie et de la physiologie à la phénoménologie. Reprenant l’héritage husserlien (le retour aux choses mêmes par-delà l’objectivation scientifique et positiviste), sensible à l’analyse heideggérienne de l’existence humaine, il insiste sur le carac­tère incarné de l’existence, aspect qui était au second plan chez Heidegger. Exister, c’est être un corps.

Exister, c’est être un corps

L’être-au-monde de la conscience tient à cette liaison intime et essentielle de la conscience et du corps.

Le vécu du corps propre

Merleau-Ponty veut penser l’être-au-monde au-delà du dualisme classique, de type cartésien, qui distingue l’âme du corps. Descartes en effet sépare radicalement l’âme du corps ; cette distinction est une séparation théorique entre deux essences : l’âme est une « substance pensante », le corps une « substance éten­due » purement matérielle. Le pas suivant consiste à identifier le sujet à la seule substance pensante, au cogito, définissant ainsi la personne humaine comme un moi pensant substantiel (« je pense, je suis » affirme Descartes dans les Méditations métaphysiques, 1641). Il devient ensuite difficile de penser l’unité de l’existence d’un être vivant, même pensant.

L’attention phénoménologique au vécu du corps propre est, au contraire, une attention à l’irréductibilité du comportement (puisqu’un comportement n’est pas un ensemble de fonctions physiologiques) et à l’unité profonde de l’existence.

La conscience est incarnée et cette incarnation est son être-au- monde. « Je suis mon corps », affirme l’auteur de La Phénoménologie de la perception pour signifier ce dépassement du dua­lisme métaphysique âme/corps.

Cette compréhension de l’existence démantèle l’objectivation scientifique qui divise abstraitement le corps en un ensemble de fonctions physiologiques.

La sexualité : psychique et physique imbriqués

La sexualité est un autre exemple de ses analyses. Il défend l’idée que la perception érotique n’est pas une perception physiologique et objective mais une attitude existentielle et affective qui s’inscrit dans un milieu, plonge ses racines dans une culture collective et une biographie singulière. Elle révèle l’imbrication du psychique dans l’organisme, et réciproquement. Pour être conséquent, il faudrait parvenir à se défaire du couple psychique/physique. Le corps exprime totalement l’existence.

Merleau-Ponty radicalisera son questionnement dans ses dernières œuvres (Sens, 1960, Le Visible et l’invisible, 1961) en cher­chant à penser, sous le concept de chair, la profonde unité entre l’existant percevant le monde et l’étoffe sensible du monde. De même, il enracinera l’existence dans l’histoire et la culture pour penser les institutions politiques et la liberté humaine.

En conclusion, le tournant existentialiste de la phénoménologie, qui a donné naissance aux philosophies existentielles, propose une compréhension inédite de l’existence humaine qui abandonne le projet d’une connaissance scientifique de la nature humaine au profit d’une description de la condition humaine vécue par la subjectivité. Philosophie athée et atéléologique (c’est-à-dire qui ne recourt pas à une finalité naturelle), elle décrit des expériences-types et s’ouvre à de nouveaux objets d’étonnement et d’interrogation auparavant négligés par la phi­losophie classique et moderne : travail, action, temporalité, mort, sexualité, etc. Elle a ainsi profondément contribué à renouveler la tradition philosophique.

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