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La religion :Religion et individu

Vous êtes ici : » » La religion :Religion et individu ; écrit le: 25 mai 2012 par imen modifié le 7 juillet 2018

La religion est pour Nietzsche un système dans tous les sens du terme : non seulement une réunion de principes coordonnés de façon à former une totalité ; mais aussi une combinaison de principes assemblés pour concourir à un résultat. Et le résultat recherché par la religion consiste justement, pour Nietzsche, à maintenir l’homme en contradiction avec lui-même pour mieux profiter de sa souffrance et de sa faiblesse.

Nietzsche est un des premiers à dénoncer chez la plupart des hommes un goût pour l’obéissance. Le symptôme d’une telle attitude se manifeste par l’incapacité pour la majorité à vouloir se donner un but ou faire des choix par soi-même. Et la conséquence d’une telle attitude se traduit par l’apparition et le développement des croyances et des religions.

Expliquons et précisons ce processus qui pour Nietzsche s’apparente à « une maladie de l’âme » et a sa source dans l’incapacité de la plupart à supporter la réalité telle qu’elle est.

Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles, « Divagations d’un « inactuel », §35, 1888

« “Critique de la morale de la décadence.” – Une morale “altruiste”, une morale où s’étiole l’amour de soi – est, de toute façon, un mauvais signe. Cela est vrai des individus, cela est vrai, avant tout, des peuples.

Le meilleur fait défaut quand l’égoïsme commence à faire défaut. Choisir instinctivement ce qui est nuisible, se laisser séduire par des motifs “désintéressés”, voilà presque la formule de la décadence. “Ne pas chercher son intérêt” – c’est là simplement la feuille de vigne morale pour une réalité toute différente, ¡e veux dire physiologique : “Je ne sais plus trouver mon intérêt…” Désagrégation des instincts ! – C’en est fini de l’homme quand il devient altruiste. – Au lieu de dire naïvement : “Je ne vaux plus rien”, le mensonge moral dit, dans la bouche du décadent :

“Il n’y a rien qui vaille, – la vie ne vaut rien…” Un tel jugement finit par devenir un grand danger, il a une action contagieuse, – sur tout le sol morbide de la société abonde une végétation tropicale d’idées, tantôt sous forme de religion (christianisme), tantôt sous forme de philosophie (schopenhauérisme). »

Nietzsche, L’Antéchrist, § 15, 1888

« Dans le christianisme, ni la morale, ni la religion ne touchent à un point quelconque de la réalité. Rien que des causes imaginaires (“Dieu”, “l’âme”, “moi”, “esprit”, “libre arbitre”) ; rien que des effets imaginaires (“le péché”, “le salut”, “la grâce”, “l’expiation”, “le pardon des péchés”).

Une relation imaginaire entre les êtres (“Dieu”, “les Esprits”, “l’âme”) ; une imaginaire science naturelle (anthropocentrique ; un manque absolu du concept des causes naturelles) ; une psychologie imaginaire (rien que des malentendus, des interprétations de sentiments généraux agréables ou désagréables, tel que les états du grand sympathique, à l’aide du langage des signes d’idiosyncrasies religieuses et morales, – (“le repentir”,”la voix de la conscience”, “la tentation du diable”, “la présence de Dieu”) ; une téléologie imaginaire (“le règne de Dieu”, “le jugement dernier”, “la vie éternelle”). […] Tout ce monde de fictions a sa racine dans la haine contre le naturel (- la réalité ! -). Elle est l’expression du profond déplaisir que cause la réalité… Mais ceci explique tout. Qui donc a seul des raisons pour sortir de la réalité par un mensonge? Celui qu’elle fait souffrir. Mais souffrir, dans ce cas-là, signifie être soi-même une réalité manquée… La prépondérance du sentiment de peine sur le sentiment de plaisir est la cause de cette religion, de cette morale fictive : un tel excès donne la formule pour la décadence… »

Cette majorité d’hommes qui ne savent et ne parviennent plus à vouloir par eux-mêmes est synonyme pour Nietzsche de décadence. Décadence signifie dans sa bouche désagrégation aussi bien de la pensée individuelle que de la culture en générale, affaiblissement de la volonté tout autant que des instincts. Et c’est un tel état de décadence qui permet à la religion de se développer. Comprenons bien ce que veut dire Nietzsche : il n’affirme pas, contrairement à ce que croient de nombreux lecteurs inattentifs, que la religion affaiblit l’homme ou le rend décadent ou malade ; il montre simplement que la religion apparaît et se développe précisément là et au moment où les hommes n’arrivent plus ni à vouloir par eux-mêmes ni à se créer, donner ou trouver leurs propres intérêts.

Car la religion permet une nouvelle possibilité de vouloir à nouveau. Mais cette possibilité ne dépend et n’exprime plus l’intérêt, la volonté ou la singularité de ceux qu’elle séduit car elle ne propose qu’une façon de vouloir : une unique et même volonté pour tous les faibles et les incertains. Or, pour Nietzsche, vouloir sans liberté n’est pas en vérité vouloir. C’est même remplacer un « je veux » par un « tu dois », l’égoïsme par l’altruisme et l’intérêt par la morale. Nietzsche va plus loin encore en dénonçant le caractère « morbide » de certaines religions ou philosophies qui se fondent sur le nihilisme (comme celle de Schopenhauer). Le nihilisme ne se définit pas pour un tel auteur comme un néant de volonté mais différemment comme une volonté décadente qui ne veut plus que le néant.

Que signifie « vouloir le néant ». Cela signifie non seulement ne pas vouloir ce qui augmente en l’homme le sentiment de vivre, mais aussi dévaloriser et combattre tous ceux qui parviennent à jouir de cette vie terrestre en dévalorisant leurs actes et leurs mobiles, en faisant par exemple passer pour vices l’ambition et l’égoïsme. En ce sens l’homme religieux, pour Nietzsche est l’homme du ressentiment, un homme qui n’arrive ni à jouir de sa vie ni à vouloir autre chose que le même néant pour les autres. Comme Épicure, Nietzsche ne peut supporter la façon dont la majorité définit Dieu en le ramenant à une fiction moraliste qui reste pour lui humaine, terriblement humaine. Définir la perfection de façon morale est pour lui une véritable illusion ; lui qui ne cesse de montrer que toute morale est d’abord une construction arbitraire et sociale. On comprend, sous cet éclairage, beaucoup mieux le sens de sa célèbre formule « dieu est mort ». De façon plus violente, car il aime la provocation, Nietzsche, à la façon d’Épicure ne fait ici que nier « les dieux de la multitude », nier la façon dont la religion définit et utilise des valeurs et des noms qu’elle prétend supérieurs et sacrés. Et plus de vingt siècles après Épicure, Nietzsche donnera à la philosophie la même exigence : examiner les êtres, les valeurs et les choses sans se laisser influencer par les croyances, les superstitions et les préjugés – « On sait ce que j’exige du philosophe […] – qu’il soit au-dessus de l’illusion du jugement moral. Cette exigence découle d’une conclusion que j’ai été le premier à formuler : celle qu’il n’y a pas de faits moraux. Le jugement moral a en commun avec le jugement religieux de croire à des réalités qui n’en sont pas. »

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