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La religion :religion et société

Vous êtes ici : » » La religion :religion et société ; écrit le: 25 mai 2012 par imen

La religion :religion et société

Puisqu’in dividuellement les rapports entre croyance et raison posent problème, il convient de se demander à présent si, socialement, il est possible de concilier foi et citoyenneté. Car que l’on s’accorde ou non sur la définition de la perfection d’un point de vue moral ou philosophique, chacun de nous peut constater à quel point la religion est un fait culturel important. A priori, la foi et la citoyenneté semblent d’autant mieux pouvoir se concilier que les croyances propres à une religion peuvent définir une communauté ou une société. En effet, la religion est d’abord ce qui relie les membres d’une collectivité et les unit par et dans des représentations du sacré. Pourtant l’histoire nous a appris que les pratiques religieuses ne sont pas toujours en accord avec les pratiques ou les valeurs sociales. Ce problème qui se pose souvent aujourd’hui en terme de laïcité n’est pas propre à nos sociétés contemporaines. Rousseau lui consacre tout un chapitre à la fin du Contrat Social où il montre qu’entre contradiction et utopie il n’est pas simple de faire coexister religion et société.

Rousseau, Du Contrat social, livre IV, chapitre 8, De la religion civile, 1762

« La Religion considérée par rapport à la société, qui est ou générale ou particulière, peut aussi se diviser en deux espèces, savoir, la Religion de l’homme et celle du Citoyen. La première, sans temples, sans autels, sans rites, bornée au culte purement intérieur du Dieu Suprême et aux devoirs éternels de la morale, est […] le vrai Théisme, et ce qu’on peut appeler le droit divin naturel. L’autre, inscrite dans un seul pays, lui donne ses Dieux, ses patrons propres et tutélaires : elle a ses dogmes, ses rites, son culte extérieur prescrit par des lois ; hors la seule nation qui la suit, tout est pour elle infidèle, étranger, barbare ; elle n’étend les devoirs et les droits de l’homme qu’aussi loin que ses autels. Telles furent toutes les Religions des premiers peuples, auxquelles on peut donner le nom de droit divin civil ou positif.


Il y a une troisième sorte de Religion plus bizarre, qui, donnant aux hommes deux législations, deux chefs, deux patries, les soumet à des devoirs contradictoires et les empêche de pouvoir être à la fois dévots et Citoyens. Telle est la religion des Lamas, telle est celle des Japonais, tel est le christianisme romain. On peut appeler celle-ci la religion du Prêtre.

Il en résulte une sorte de droit mixte et insociable qui n’a point de nom.

A considérer politiquement ces trois sortes de religions, elles ont toutes leurs défauts. La troisième est si évidemment mauvaise que c’est perdre le temps de s’amuser à le démontrer. Tout ce qui rompt l’unité sociale ne vaut rien. Toutes les institutions qui mettent l’homme en contradiction avec lui-même ne valent rien.

La seconde est bonne en ce qu’elle réunit le culte divin et l’amour des lois, et que, faisant de la patrie l’objet de l’adoration des Citoyens, elle leur apprend que servir l’État, c’est en servir le dieu tutélaire. C’est une espèce de théocratie, dans laquelle on ne doit point avoir d’autre pontife que le Prince, ni d’autres prêtres que les magistrats. Alors mourir pour son pays c’est aller au martyre, violer les lois c’est être impie, et soumettre un coupable à l’exécration publique c’est le dévouer au courroux des dieux ; sacer esto (sois maudit).

Mais elle est mauvaise en ce qu’étant fondée sur l’erreur et sur le mensonge elle trompe les hommes, les rend crédules, superstitieux, et noie le vrai culte de la Divinité dans un vain cérémonial. Elle est mauvaise encore quand, devenant exclusive et tyrannique, elle rend un peuple sanguinaire et intolérant, en sorte qu’il ne respire que meurtre et massacre, et croit faire une action sainte en tuant quiconque n’admet pas ses dieux. Cela met un tel peuple dans un état naturel de guerre avec tous les autres, très nuisible à sa propre sécurité. »

Voulant éclairer et résoudre les rapports entre religion et institution, Rousseau distingue trois types de religions en les rapportant à trois droits différents. La première parce qu’elle est « purement intérieure » semble s’apparenter bien plus à l’expérience intime de la foi qu’à un système solidaire de croyance et de reconnaissance d’une communauté. En ce sens, elle définit les rapports de l’homme à Dieu et non pas les rapports des hommes entre eux. Le « droit divin naturel » qui en découle peut alors simplement s’apparenter à la façon dont chaque homme entend la parole de dieu et renvoie directement à ce que Rousseau appelle la conscience morale.

Mais c’est parce qu’une telle définition confond foi et loi qu’elle pose problème. Car chacun sait bien que ce que dicte la loi civile n’est pas forcément compatible avec la voix de la conscience. Il faudrait donc faire correspondre à chaque instant le culte divin avec le culte civil – ce que représente le deuxième type de religion que Rousseau définit par « le nom de droit divin civil ou positif ». Alors qu’une harmonie semble ainsi possible entre foi et loi, politique et morale, société et religion, Rousseau qualifie pourtant de « mauvais » un tel accord. « Mauvais » a d’abord ici un sens moral : il n’est pas moralement acceptable pour lui qu’une nation se donne ses propres dieux comme le firent les Grecs ou les romains. La véritable foi ne peut s’appuyer sur une théocratie inventée de toutes pièces par les puissants pour se faire servir. « Mauvais » a aussi un sens social. Une telle religion rend forcément le peuple qui la pratique ethnocentrique et le met en conflit avec quiconque, homme ou peuple, « n’admet pas ses dieux ».

Pour éviter de tels excès, il faut donc séparer foi et loi ; mais une telle séparation est la solution la plus mauvaise car elle met l’homme en contradiction avec lui-même en l’obligeant trop souvent à suivre la loi contre sa foi ou à vivre sa foi contre la loi. Parce qu’il est, en de trop nombreux cas, difficile ou impossible de concilier foi et loi, la religion pose pour Rousseau un réel problème social : « Tout ce qui rompt l’unité sociale ne vaut rien ». Il est possible aussi qu’elle pose un problème individuel et intime en mettant l’homme en contradiction avec lui-même. Ce dernier problème, effleuré par Rousseau, sera le point de départ de la critique menée par Nietzsche contre le système religieux.

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