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L’idéalisme en politique

Vous êtes ici : » » L’idéalisme en politique ; écrit le: 25 mai 2012 par imen

L'idéalisme en politique

Alors que vous me lisez depuis peut-être un long moment, ¡’écris en vous imaginant attentif et plutôt sympathique. Pourtant il n’est pas sûr que nous apprécions de nous rencontrer en société. Au fond, nous nous supportons les uns les autres souvent difficilement, et les vieilles rencontres finissent parfois dans la haine et habituellement dans l’indifférence. Mais nous supportons certainement plus mal encore la solitude. Alors nous nous regroupons, cherchant et redoutant à la fois la chaleur du voisin : nous aimerions vivre en groupe comme si toujours nous étions seuls.

Quelle est la bonne forme de regroupement ? Quelle est la bonne formule pour vivre avec les autres tout en n’obéissant qu’à soi-même ? Tel est le problème fondamental que pose la vie en société et que doit résoudre l’État.


L’idéalisme en politique

Avant d’écrire quoi que ce soit sur la société, le pouvoir et l’État, il convient de distinguer ces deux derniers termes. Car, en effet, le pouvoir ne suppose pas forcément l’existence d’un État ; ou plus précisément, l’État suppose une forme particulière de pouvoir nommée autorité.

Quand je me laisse dominer par différents pouvoirs liés à la force d’une brute, au charisme d’un homme, à la beauté d’une femme, ou au poids des traditions, je le fais par prudence, croyance, lâcheté ou d’autres motifs. Mais ces raisons ne sont pas légitimes, au sens où seul l’État représente une autorité légitime à laquelle je dois obéir. Réfléchir sur l’État et les rapports de pouvoir en société suppose alors de comprendre ce qui peut rendre légitime une autorité ; en termes plus personnels, cette réflexion suppose de s’interroger sur les raisons qui peuvent légitimement nous pousser à obéir à une puissance.

jà réponse la plus simple et la plus dangereuse consiste à chercher ou à brandir un certain nombre de principes ou de valeurs prétendument ‘universels comme la Justice ou le Bien qu’il suffirait d’imposer, au choix, à la cité, la société, ou l’humanité toute entière. C’est sur cette pente que tente de nous entraîner Socrate en imaginant ce que pourrait être â Cité Idéale.

Platon, La République, livre V, 473a, IV* siècle av. J.-C.

« SOCRATE – C’était donc pour avoir des modèles que nous cherchions ce qu’est la justice en elle-même, et ce que serait l’homme parfaitement juste s’il venait à exister. […]. Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités, ou que ceux qu’on appelle aujourd’hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes ; tant que la puissance politique et la philosophie ne se rencontreront pas dans le même sujet […], il n’y aura de cesse aux maux des cités, ni, ce me semble à ceux du genre humain, et jamais la cité que nous avons décrite tantôt ne sera réalisée, autant qu’elle peut l’être, et ne verra la lumière du jour. Voilà ce que j’hésitais depuis longtemps à dire, prévoyant comment ces paroles heurteraient l’opinion commune.

Il est en effet difficile de concevoir qu’il n’y ait pas de bonheur possible autrement, pour l’Etat et les particuliers. »

La République, livre VI, 485a

« SOCRATE – convenons d’abord au sujet des naturels philosophes qu’ils aiment toujours la science, parce qu’elle peut leur faire connaître cette essence éternelle qui n’est point soumise aux vicissitudes de la génération et de la corruption. […] Le véritable ami de la science aspire naturellement à l’être, ne s’arrête pas à la multitude des choses particulières auxquelles l’opinion prête l’existence, mais procède sans défaillance et ne se relâche point de son ardeur qu’il n’ait pénétré l’essence de chaque chose avec l’élément de son âme à qui il appartient de la pénétrer ; puis, s’étant attaché et uni par une sorte d’hymen à la réalité véritable, et ayant engendré l’intelligence et la vérité, atteint à la connaissance et à la vraie vie, il y trouve sa nourriture et le repos des douleurs de l’enfantement.

ADIMANTE – ce serait répondre aussi raisonnablement que possible.

SOCRATE – et certes lorsque la vérité sert de guide, nous ne dirons pas, je pense, que le chœur des vices marche à sa suite.

ADIMANTE – comment en effet pourrait-on le dire ?

SOCRATE – C’est au contraire celui des moeurs pures et justes que la tempérance accompagne.

ADIMANTE – tu as raison. »

Pour bien comprendre ce qu’essaye de nous faire avaler Socrate, et toutes les dérives possibles d’un tel discours, il faut d’abord revenir sur la querelle entre rhétorique et dialectique. Socrate déteste par-dessus tout les sophistes

et leurs discours, en particulier ceux qui, comme Protagoras, soutiennent que « l’homme est la mesure de toute chose ». Contre Protagoras, et tous ceux qui ne croient pas qu’il y ait quelque chose au-dessus de l’homme et de la nature, Socrate soutient qu’il existe un certain nombre de principes universels, éternels et incorruptibles : l’essence des choses.

Inventant de toutes pièces un monde des essences qui existerait au-delà des apparences et que seul le philosophe pourrait atteindre par l’exercice de la dialectique, Socrate sacralise le pouvoir en même temps que le savoir. Son but est d’imposer un prétendu ordre universel qui permettrait à l’État d’échapper aux imperfections des constitutions humaines, trop humaines. Un tel projet, de façon totalement abusive et contradictoire, suppose non seulement de croire en l’existence d’une Vérité, mais affirme encore et surtout que cette croyance est raisonnable ; et même, à l’extrême, que cette croyance n’en est pas une mais définit au contraire l’exercice même de la raison.

Nous connaissons et subissons depuis longtemps les effets de ceux qui prétendent gouverner au nom d’une Vérité qu’il faudrait imposer à la société et aux hommes pour faire, avec ou malgré eux, leur bonheur. L’idéalisme en politique se transforme vite en despotisme. Il convient donc de contester toute tentative de sacralisation de l’État, en réfléchissant sur l’exercice du pouvoir en société en tant qu’expérience simplement humaine.

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