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Philosophie et histoire de la philosophie : quatre thèses et quatre genres

Vous êtes ici : » » Philosophie et histoire de la philosophie : quatre thèses et quatre genres ; écrit le: 22 mai 2012 par marwa

Philosophie et histoire de la philosophie : quatre thèses et quatre genres

Quels liens philosophie et histoire de la philosophie entretiennent-elles? Dans la philosophie contemporaine, quatre options ont été envisagées :


Liens philosophie et histoire de la philosophie: quatre thèses

(1)  La thèse de l’indépendance

La philosophie est totalement indépendante de l’histoire de la philosophie.

(2)  La thèse de la corrélation

La philosophie et l’histoire de la philosophie sont corrélées par l’examen de problèmes communs aux recherches actuelles et aux auteurs du passé.

(3)  La thèse de la dépendance

La philosophie et l’histoire de la philosophie dépendent l’une de l’autre.

(4)  La thèse de l’identité

La philosophie et l’histoire de la philosophie ne sont qu’une seule et même chose.

Voici donc ce qu’il en est de la relation entre philosophie et histoire de la philosophie. À suivre Richard Rorty (1989), il y a quatre «genres» dans l’historiographie de la philosophie (la façon dont on raconte l’histoire de la philosophie) :

 Les quatre genres de l’historiographie de la philosophie selon R. Rorty (1989)

(I)   La reconstruction rationnelle

Elle consiste à reconstruire l’argumentation des philosophes du passé, en leur conférant « le statut de contemporain, avec lesquels la discussion est possible» (Rorty, 1989, p. 58). On suppose alors que ces philosophes du passé se sont posé les mêmes problèmes que les contemporains, ou des problèmes que, moyennant une reformulation, nous pouvons considérer comme suffisamment similaires pour examiner valablement les solutions qu’ils leur ont apportées.

(II)   La reconstruction historique

Elle repose sur l’idée suivante, énoncée par Quentin Skinner : « Il est tout à fait impossible d’attribuer à un individu des intentions et des actes qu’il ne saurait reconnaître pour des descriptions correctes de ce qu’il a voulu dire ou faire » (cité par Rorty, 1989, p. 60). Ce qui importe est la fidélité aux doctrines étudiées. Cela passe généralement par l’étude de leurs formulations originales et du contexte historique dans lequel elles apparaissent (influences, débats, institutions intellectuelles de l’époque). La reconstruction historique rejette l’anachronisme inhérent, dans sa perspective, à la reconstruction rationnelle.

(III)   L’histoire de l’esprit

L’œuvre de Hegel en est le paradigme; elle se retrouve chez Heidegger, Foucault ou Alasdair Mclntyre. Elle consiste en «vastes panoramas », dont la finalité est de déterminer quels sont les « grands auteurs du passé » en étudiant l’apparition et le développement des problématiques constitutives de la destinée humaine. L’histoire de l’esprit, pense Rorty, ne consiste pas à examiner une solution particulière qu’un philosophe du passé aurait pu découvrir à un problème particulier, soit par sa reconstruction rationnelle, soit par sa reconstruction historique. Elle épouse le mouvement même de la pensée, en reconstitue les étapes significatives, afin d’expliciter ses moments importants jusqu’à nous, ultimes rejetons de cette histoire. L’historien de la philosophie « réunit une galerie de personnages historiques et rebâtit avec eux un récit dramatique, afin de montrer comment nous avons été amenés à poser les questions que nous estimons aujourd’hui incontournables et profondes» (Rorty, 1989, p. 73). Dans cette conception, la philosophie exprime quelque chose qui a des racines profondes dans la culture d’une époque donnée et dans le développement historique.

(IV) La doxographie

Pour Rorty, «on en trouve l’illustration dans des ouvrages qui partent de Thalès ou Descartes et s’achèvent sur l’étude d’un personnage à peu près contemporain de l’auteur, après avoir énuméré ce que différents personnages traditionnellement appelés “philosophes” avaient à dire sur des problèmes traditionnellement qualifiés de “philosophiques” » (1989, p. 74). Cela suppose qu’on ait au préalable fixé quelle est la problématique fondamentale de la philosophie, celle qui servira de fil directeur au catalogue historique des philosophes. On part du principe que la « philosophie » désigne une discipline toujours présente et traitant des mêmes questions profondes et fondamentales.

Nous pouvons maintenant croiser les quatre thèses au sujet de la relation entre philosophie et histoire de la philosophie, d’une part, et les quatre genres d’historiographie de la philosophie selon Rorty, d’autre part. Apparaîtront alors des options divergentes au sujet du rôle, en philosophie, de l’histoire de la philosophie. Les options, on le verra, sont elles-mêmes des prises de position philosophiques. Ce sont aussi des aspects de la philosophie contemporaine.

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