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Philosophie de la logique et logique philosophique

Vous êtes ici : » » Philosophie de la logique et logique philosophique ; écrit le: 22 mai 2012 par marwa

Philosophie de la logique et logique philosophique

La philosophie de la logique prend pour objet les instruments formels et les concepts utilisés par les logiciens. La logique philosophique consiste à pratiquer l’analyse logique dans l’examen de questions traditionnelles de philosophie, ce qui est, rappelons-le, l’une des manières les plus traditionnelles de faire de la philosophie.


Voici quelques exemples de questions traitées en philosophie de la logique :

–    Que sont les «propositions» du calcul des propositions? Supposons que « Le chat est sur le tapis » soit symbolisé par «p ». A-t-on alors formalisé une suite de mots, une phrase ayant une signification, ce que quelqu’un dit quand il affirme que « Le chat est sur le tapis » ? Il s’agit là de questions de sémantique. Elles engagent une réflexion philosophique sur la relation entre le langage et la réalité.

–    Les connecteurs logiques représentent-ils adéquatement les termes du langage ordinaire comme «et», «ou», «si…, alors…»? Existe-t-il seulement deux valeurs de vérité, vraie et fausse ? De nouveau, il s’agit de sémantique et cela requiert une réflexion philosophique sur le rapport entre langage formel et langage informel.

–    À la différence du calcul des propositions, qui traite les propositions comme des unités élémentaires, dans le calcul des prédicats, celles-ci sont analysées. On écrit par exemple : « Tous les x sont F » ou « Certains x sont F », en utilisant des «quantificateurs» qui signifient «Tous» (quantificateur universel) ou « Il existe » (quantificateur existentiel), des «variables» (x, y, z, …) et des termes singuliers désignant une certaine chose (m, n, o, …). Mais que sont ces termes singuliers notés m, n, o, etc. ? Des noms propres (Christophe, Paris)? À quoi font référence «je», «tu», «il», «ceci», «cela» ou des descriptions définies («L’actuel président de la république», voire, pour compliquer un peu les choses, « L’actuel roi de France», dit aujourd’hui)? Les noms propres ont-ils une signification ? Si « un demi de bière » est un terme singulier, est-ce que «bière» en est un? Est-ce qu’un événement, « L’arrivée du TGV de 19h45 en gare de Nancy » en est un, surtout s’il arrive à 20h00? Et le nombre 9, qu’est- ce? Qu’est-ce qu’un particulier? Un singulier? Bref, l’interprétation philosophique du calcul des prédicats ouvre une boîte de Pandore contenant des délices métaphysiques, ontologiques, et sémantiques.

–    Que représentent les prédicats du calcul des prédicats ? Si je dis « Dieu existe », « existe » est-il un prédicat, comme « est grand» dans «Arnaud est grand»? On est tenté de répondre que non : exister n’est pas une caractéristique de quelque chose. (L’argument hérité de Kant est que si l’on dit «x est rapide, furieux, soyeux», on n’a pas à ajouter, «et il existe».) Il y a des différences notables entre des énoncés de la forme «x existe» et «x est gris». Par exemple, «Les ânes sont gris» peut signifier «Tous les ânes sont gris » ou « Certains ânes sont gris ». « Les ânes ne sont pas gris » peut signifier « Aucun âne n’est gris » ou « Certains ânes ne sont pas gris ». En revanche, « Les ânes existent » ne signifie pas « Tous les ânes existent » ou « Certains ânes existent ». Affirmer que les ânes existent, ce n’est pas dire quelque chose au sujet de tous ou de certains ânes, mais dire qu’il y a des ânes. «Les ânes n’existent pas» signifie qu’il n’y a pas d’âne, pas qu’il n’y en a aucun qui n’existe pas ou que quelques-uns d’entre eux n’existent pas.

Voici maintenant un exemple de problématique en logique philosophique :

–    Si je dis « Mme Bovary trompe son mari », est-ce vrai ou faux, ou ni vrai ni faux? De nouveau, il s’agit de sémantique. Cette fois, c’est la question des énoncés fictionnels qui est posée. Ont-ils une valeur de vérité ? Si oui, en quoi consiste leur référence ? Des entités ou des situations non existantes, mais cependant réelles, comme le suggère Alexius Meinong (1906) au sujet de «La montagne d’or» ou du « cercle carré » ? Des idées dans la tête de ceux qui comprennent l’énoncé « Mme Bovary trompe son mari » ? Oui, mais ne serait-ce pas à condition d’ajouter « Dans le roman de Flaubert » ? Et il existe encore de très nombreuses autres possibilités à examiner. À moins que des énoncés frictionnels aient un sens sans avoir de référence (puisqu’ils ne portent sur rien)? Chacune de ces solutions a des avantages et des inconvénients. Certaines semblent nous donner la possibilité de dire quelque chose de vrai ou de faux au sujet de Mme Bovary, mais en supposant l’existence d’étranges réalités, à commencer par un être frictionnel, Mme Bovary, ou bien la pensée que Mme Bovary trompe son mari. Mais peut-on s’en passer sans être conduit à affirmer qu’un énoncé comme « Mme Bovary trompe son mari» ne veut rien dire? (voir Lynski, 1974). On voit ainsi que l’analyse logique et philosophique d’un tel énoncé engage à la fois des questions sémantiques (rapport du langage et de la réalité), ontologiques (qu’est- ce qui existe?), mais aussi cette fois d’esthétique et de philosophie de l’art. C’est la question des fictions qui se trouve alors posée (Menoud, 2005).

Mon propos ici n’est pas d’examiner ces problèmes, mais d’insister sur la mine philosophique que constituent la logique, la philosophie de la logique et la logique philosophique. Les efforts pour en extraire des pépites philosophiques doivent être encouragés. Il est à craindre que des étudiants prenant au sérieux l’affirmation selon laquelle la logique est un rival insolent et calamiteux de la philosophie authentique n’en soient malheureusement détournés. Tout apprenti philosophique se voit plus aisément en créateur de concepts (quoi que cela puisse vouloir dire) qu’en analyste rigoureux d’énoncés comme « Le chat est sur le paillasson » ou « Mme Bovary trompe son mari ». Le ton « grand seigneur » en philosophie, pour reprendre l’expression de Kant, est sans doute la chose la mieux partagée dans un certain style de philosophie qui n’a que mépris pour la logique et la logique philosophique. Si les étudiants en philosophie doivent faire de la logique, c’est moins pour la logique elle-même que pour la réflexion philosophique sur la logique. Mais cela suppose d’en faire sérieusement et suffisamment afin d’acquérir la maîtrise d’une certaine technicité logique. La logique n’est pas un apprentissage du raisonnement, mais la voie royale de la philosophie.

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