Le retour de la preuve ontologique

> > Le retour de la preuve ontologique ; écrit le: 22 mai 2012 par marwa modifié le 7 juillet 2018

De l’importance de la logique pour le philosophe, on s’aperçoit mieux encore si l’on met en relation certaines questions de philosophie de la logique avec des questions philosophiques traditionnelles. Voici un exemple quelque peu développé. Reprenons l’une des questions de logique philosophique déjà abordée: «exister», est-ce un prédicat? Dans l’histoire de la philosophie, on la rencontre quand il s’agit de discuter l’argument ontologique, au sujet de l’existence de Dieu. Chez saint Anselme, au XIe siècle, dans son Prolongions (chap. Il), l’argument prend la forme suivante :

Nous croyons que tu es quelque chose de tel que rien de plus grand ne puisse être pensé. Est ce qu’une telle nature n’existe pas, parce que l’insensé a dit en son cœur: Dieu n’existe pas? Mais du moins cet insensé, en entendant ce que je dis : quelque chose de tel que rien de plus grand ne puisse être pensé, comprend ce qu’il entend; et ce qu’il comprend est dans son intelligence, même s’il ne comprend pas que cette chose existe. Autre chose est d’être dans l’intelligence, autre chose exister. […] Et certes l’Être qui est tel que rien de plus grand ne puisse être pensé, ne peut être dans la seule intelligence ; même, en effet, s’il est dans la seule intelligence, on peut imaginer un être comme lui qui existe aussi dans la réalité et qui est donc plus grand que lui. Si donc il était dans la seule intelligence, l’être qui est tel que rien de plus grand ne puisse être pensé serait tel que quelque chose de plus grand pût être pensé.

On trouve des critiques de cet argument chez saint Thomas ou Kant. Il a été repris à sa façon par Descartes (en termes de « perfection ») dans la Cinquième Méditation. Il ne s’agit pas ici de le défendre ou de le critiquer, mais simplement d’illustrer comment la logique contemporaine, en l’occurrence la logique modale, et même plus particulièrement un système de logique modale appelé S5, a permis de le reformuler. L’auteur de cette reformulation, le philosophe américain Alvin Plantinga pense qu’elle permet une « compréhension plus claire » de l’argument, et « qu’au moins l’une de ses versions est fondée » (1974, p. 197).

L’argument recourt à ce qu’on appelle la sémantique des mondes possibles, liée à la logique modale (qui porte sur la nécessité et la possibilité). Un monde possible se distingue du monde actuel par une différence plus ou moins importante. Mais le monde actuel est un monde possible, considéré depuis un monde possible qui est l’actuel. Par exemple, il existe un monde possible dans lequel, au lieu de lire ces lignes, vous regardez la télévision. La question se pose de savoir quelle relation vous entretenez avec votre contrepartie, celle qui, dans ce monde possible, regarde la télévision. Cette question a préoccupé beaucoup de métaphysiciens et de logiciens, mais ce n’est pas celle qui nous intéresse ici. La question se pose aussi de savoir si ces mondes possibles sont réels, comme le pense David Lewis (2007), mais, là encore, ce n’est pas ici notre problème. En revanche, il faut savoir que « nécessaire » signifie « vrai dans tous les mondes possibles». À cette base de sémantique modale,

Plantinga ajoute des définitions :

–     Une entité possède une « excellence maximale » si et seulement si elle est toute-puissante, omnisciente et moralement parfaite.

–     Une entité possède une « grandeur maximale » si elle possède une excellence maximale dans tous les mondes possibles, autrement dit si elle existe nécessairement et qu’elle est nécessairement d’une excellence maximale.

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