Platon Parole et écriture philosophique

> > Platon Parole et écriture philosophique ; écrit le: 28 avril 2012 par imen

Les chevaux sont des ânes

Dans la relation de l’intelligible comme modèle au sensible comme copie, le langage est-il du bon côté ou du mauvais ? Est-ce que les mots nous conduisent aux Idées ou est-ce qu’ils ne sont que des con­ventions arbitraires sans relation avec la vérité des Idées ? Si un peu­ple décidait d’appeler « ânes » ce que nous appelons « chevaux » et vice versa, son langage marcherait aussi bien que le nôtre (par exem­ple les chevaliers deviendraient des âneliers, et les ignorants porte­raient des bonnets de cheval). Mais la phrase « les chevaux ont des oreilles plus longues que les ânes » serait vraie pour eux alors qu’elle est fausse pour nous. Conclusion : si le langage n’est que convention arbitraire, il ne peut établir que des vérités de convention, artificielles.

Pire que la parole : l’écriture

Encore un mythe platonicien pour expliquer l’origine et la nature de l’écriture : le dieu Theuth apporta au Pharaon d’Égypte l’écriture

comme le remède absolu contre l’oubli des paroles. Pas du tout I répondit Pharaon, c’est le contraire qui se produira : les hommes confie­ront leur mémoire à l’écriture et perdront la mémoire, ils ne garderont pas en eux-mêmes le véritable savoir mais se fieront aux images de l’écriture. Car l’écriture est comme une peinture d’images qui ne sont pas les choses mêmes, l’idée n’est pas tracée dans les mots. L’écriture d’une pensée vivante n’est qu’un reflet inerte, mort, pas une pensée.

Conclusion générale : pour vraiment connaître, donc, ni langage ni écriture : une intuition, une expérience spirituelle des intelligibles, pas une doctrine fixée en thèses.

Les vertus du dialogue

Pourtant Platon écrit. Mais pas une doctrine fixée en thèses. Platon ne résout pas ce problème, qu’il pose, sur l’opacité du langage et de l’écriture en matière de vérité. Il le contourne.

D’abord en écrivant des dialogues à plusieurs personnages. Pour Platon, la pensée elle-même est un dialogue intérieur de l’âme avec elle-même : elle se pose des questions et recherche des réponses. Le dialogue est la forme même de la pensée qui cherche, encore socra­tique.

L’invention d’une forme écrite unique

Mais tout n’a été possible que parce que Platon crée une forme d’expression dans laquelle personne n’a jamais réussi à lui succéder tant elle est parfaite. Le dialogue platonicien, la forme de pratique­ment tous les textes de Platon, n’est pas seulement composé des paroles d’interlocuteurs.

 C’est une œuvre poétique, tra­vaillée avec obsession pour être évocatrice et symbolique dans la moindre de ses parties. Le moin­dre détail a sans doute un sens, même s’il nous échappe.

De nombreux dialogues sont aporétiques, c’est-à-dire aboutis­sent à une impasse : on ne par­vient pas à la définition recher­chée, pas de dogme à apprendre, le lecteur comprend que c’est dans la recherche elle-même qu’il y avait quelque chose à apprendre.

Platon s’exprime par des mythes, nous en avons rencontré quel­ques-uns déjà. C’est là une forme d’expression philosophique absolument originale, qui suggère mais ne dit pas. Le mythe est, dans toutes les civilisations, une histoire qui raconte une origine et fournit une « explication », imagée, dans une situation com­plexe ou ambiguë. On peut le concevoir comme une forme de la connaissance intuitive. D’essence poétique.

Vidéo : Parole et écriture philosophique

Vidéo démonstrative pour tout savoir sur : Parole et écriture philosophique

← Article précédent: Platon La connaissance supréme Article suivant: Platon Le tissu dialectique


Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles de tout le site