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L’impuissance de dieu : La théologie dualiste des gnostiques

Vous êtes ici : » » L’impuissance de dieu : La théologie dualiste des gnostiques ; écrit le: 26 janvier 2015 par imen modifié le 15 avril 2018

La théologie dualiste des gnostiquesC’est en aggravant jusqu’à la démesure cet écart et en ne laissant subsister, entre le principe spirituel qu’ils placent a l’origine des choses et le monde existant, rien ile commun, que les gnostiques ont à leur tour limité la puissance de ce principe et lui ont opposé celle d’un démiurge doté d’une existence indépendante et tendant non au maximum de perfection mais au maximum d’imperfection. Cause efficiente du monde, celui-ci l’est aussi du mal qu’il v a dans le monde et s’oppose donc au Dieu véritable comme, pour les manichéens, le mauvais principe au bon principe.

La  différence est que, pour ces derniers, le monde créé est à la fois bon est mauvais, quand la création est pour les gnostiques tout entière mauvaise. Aussi le démiurge occupe-t-il pour les uns la place du Dieu bon et voit-il seulement sa lumière obscurcie par la matière à laquelle s’applique son action et qu’il a reçue du Prince des ténèbres, quand il se confond pour les autres avec ce dernier. Selon le mot de saint Paul, « elle passe, la figure de ce monde » — mais ici le néo-platonicien Porphyre demande, de concert avec Basilide et Valentin : « Quel est donc celui qui fera passer la figure de ce monde et à quelle fin ? Si c’est le démiurge, [pourquoi ] n’a -t-il pas trouvé au moment de la création une forme adéquate à l’univers et l’a | t-il | laissé imparfait, frustré d’un aménagement meilleur’’ ? » A voir le monde ici qu’il est sorti des mains du créateur, il ne faut pas dire : au commencement est le bien, mais : au commencement est le mal. Comment ignorer, à considérer la misère de l’homme dans le monde, que le Dieu créateur n’est pas le Dieu rédemp­teur dont dépend son salut (et que les gnostiques chrétiens identifient avec le Dieu du Nouveau Testament) ? Cette ignorance redouble sa misère ; elle le tient séparé de son origine et de sa fin.

Dia-bolos — le séparateur, le diviseur—, ainsi précisément l’on doit nommer «. cl ni qui, une première fois, nous a fait tomber du monde supérieur où vivaient nos âmes dans le monde inférieur où nous vivons à présent et s’ingénie depuis à nous priver de cette connaissance. Il n’y a pas très loin du mythe platonicien de l’âme exilée à l’expérience gnostique qui nous fait nous éprouver nous-mêmes comme des étrangers dans le monde. Il n’y a pas très loin non plus de l’idéal plato­nicien du salut par la connaissance à la fonction propre de la gnose (du grec gnôsis : connaissance). Cette connaissance est précisément celle de l’enchaînement causal qui a provoqué la chute des âmes et des conditions qui permettraient à celles-ci, en faisant le chemin inverse, de retrouver ce qu’elles ont perdu. Dans les formes les plus rigoureuses du gnosticisme, le monde créé étant entièrement mauvais, ce chemin a le sens d’une dé-création — terme repris par Pareyson mais doté ici d’une signification positive cl correspondant à une dissolution du monde ou plutôt des mondes (décrits comme des sphères closes gardées par un dragon qu’il faut vaincre pour en sortir et où l’on peut voir les différentes formes et les différents degrés de l’enfer terrestre).

S’il faut faire en sens inverse le chemin de la création, c’est que la chute n’est plus seulement une étape particulière mais la signification générale de celle-ci. En s’appropriant le mythe de chute, les gnostiques, sur deux points essentiels, procè­dent à sa révision : d’une part, la chute se confond avec la création tout entière ; d’autre part, elle est l’effet non de la liberté humaine mais de la puissance extérieure du démiurge. Pour Valentin, l’âme est naturellement animée d’un mouvement ascendant ; consubstantielle au divin, elle fait d’abord partie du « Plérôme », monde parfait constitués d’entités — les « éon » — hiérarchisées et couplées selon la différence et la complémentarité du masculin et du féminin . Ce Plérôme est complet en lui même mais le dernier éon, de nature féminine — Valentin l’appelle « Sophia » — est envahi par la passion, désir désordonné qui l’entraîne hors de celui-ci, et devient « Sophia Achamot », la Mère du Démiurge. C’est la même passion qui, selon Plotin, pousse l’âme à contempler sa propre image dans le miroir de Dionysos et la détourne du monde intelligible où elle séjournait. Mais alors que l’âme humaine est selon l’auteur des Ennéades responsable tic sa destinée dans le monde sensible, le créateur de ce monde ne peut pas ne pas être aussi, selon les gnostiques, le créateur du mal qui se trouve dans l’âme. Déchue de sa dignité première à la suite d’un drame qui lui est étranger, celle-ci en subit nécessairement les effets. C’est cette impuissance qui mesure, en même temps que la puissance du Démiurge, l’impuissance du Dieu véritable à contrarier son action négative et à préserver la plénitude du séjour qu’il avait d’abord ménagé aux êtres.

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