L’homme souffrant d’une métaphysique de l’ordre à une phénoménologie de la passivité

> > L’homme souffrant d’une métaphysique de l’ordre à une phénoménologie de la passivité ; écrit le: 28 janvier 2015 par imen

Les limites de la théologie et de l’anthropologie traditionnelles sont les limites de l’argument de la liberté tel que l’élaborent de manière semi-indépendante la pensée judéo-chrétienne et la pensée grecque. Au terme provisoire d’une histoire où les transformations de la réalité pèsent sur les manières de penser, elles éclatent dans une violence dont l’énormité masque, chez ses principaux protagonistes, la maigreur de l’intention, et dans une indifférence qui prive le mal moral de sa subs­tance et parait obliger à conclure de son absence de raison en Dieu à son absence de cause en l’homme.

Cette indifférence, sans doute, est un phénomène ambigu : l’absence, en elle, de la liberté, n’est-elle pas elle-même le produit d’un acte de liberté ? Ne déguise-t-elle pas, comme dans la doctrine sartrienne de la « mauvaise loi » ou dans la doctrine kantienne du mensonge — où mentir est d’abord se mentir — le choix préalable de ne pas choisir ?

Mais même si la mauvaise foi, comprise comme le libre renoncement de la liberté à elle-même, devait être la cause positive de ce qui se montre extérieure­ment comme simple privation, elle ne ferait pas disparaître la disproportion de la cause et de l’effet : elle n’empêcherait pas que le mal consiste à faire souffrir, et qu’il ne soit jamais aussi grand que lorsque celui qui le fait ne sent pas qu’il le fait cl demeure alors inaccessible à la pitié et au repentir. Elle ne supprimerait pas autrement dit la nécessité, pour penser le mal, d’adopter d’abord le point de vue de la victime, et de déplacer ainsi l’accent du mal moral au mal physique.

C’est l’irréductibilité du mal physique au mal moral qui explique la persistance, au sein même des doctrines inspirées par la mythologie du péché originel, d’une métaphysique de l’ordre. L’échec d’une telle métaphysique déterminera le change­ment de méthode qui conduira, ici aussi, de la justification à la description du mal. Il introduira une phénoménologie de la passivité où s’entendra l’écho de cette formule de Simone Weil, que seul « l’innocent qui souffre sait la vérité sur son bourreau ».métaphysique aristote

← Article précédent: Le perversion du cœur : Le point de vue de la victime Article suivant: Un monde en ordre : Le malheur innocent


Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles de tout le site