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Le mal métaphysique et la justification de la sensibilité : L’économie des plaisirs et des peines

Vous êtes ici : » » Le mal métaphysique et la justification de la sensibilité : L’économie des plaisirs et des peines ; écrit le: 28 janvier 2015 par imen

LeibnizCette attente est imposée à l’homme par son imperfection.Celle-ci définit le mal que Leibniz appelle « métaphysique ». Mesure générale de la distance qui sépare le créateur de sa créature, il est la marque en elle d’une limitation qui affecte l’ensemble de ses facultés. On doit donc y rapporter comme à ce qui les rend possi­bles le mal moral et le mal physique. L’homme ne pécherait pas, s’il n’était par essence capable de faillir, et il ne souffrirait pas, s’il n’était par essence susceptible de souffrir. Faillibilité et vulnérabilité sont en lui les conséquences directes du choix du meilleur — dont la faute et la souffrance ne sont que les suites indirectes. C’est pourquoi Dieu est seulement causa deficiens du mal Mais cette rédaction du mal moral et du mal physique au mal métaphysique permet surtout à Leibniz de conclure que l’un et l’autre sont « conformes aux lois générales ». Le mal physique lui paraît, à cet égard, un problème moins embarrassant que le mal moral : les souffrances et les monstres sont « dans l’ordre » et il valait mieux admettre ces défauts que violer les lois générales ; aussi ne représentent-ils, à l’égard de celles-ci, que des irrégularités apparentes ; on peut les comparer à des points qui paraîtraient .noir été distribués au hasard sur une feuille mais qu’il serait possible de réunir sous une règle, dût-elle être « fort composée », comme on le fait en mathématiques . Peut-on, d’ailleurs, reprocher à Dieu d’avoir fait l’homme capable de la faute, si cette capacité ne se distingue pas en lui de celle de choisir. Peut-on, de même, lui reprocher d’avoir tait l’homme sensible à la haine, à la douleur et à la tristesse, si cette sensibilité est aussi pour lui le moyen d’aimer, d’éprouver du plaisir et d’être content : Saint Augustin avait déjà répondu par la négative à cette dernière ques­tion et s’était opposé ainsi à la thèse stoïcienne de l’impassibilité du sage.

Le problème de la justification de la sensibilité ne se pose pas de la même manière, toutefois, que celui de la justification de la liberté. Car, si la liberté, par essence, implique le choix (compris comme une option entre des possibilités oppo­sées), ne peut-on, en revanche, regretter que Dieu n’ait pas fait l’homme tel qu’il put sentir l’amour sans la haine, le plaisir sans la peine, la joie sans la tristesse ? L’argument de l’ordre recevra ici la forme moins d’une logique du tout et de la partie que d’une logique des contraires.Il impliquera l’idée d’une économie subjec­tive gouvernée par la polarité de la douleur et du plaisir (dont la théorie freudienne de la libido est le plus lointain avatar). La joie de réussir naît souvent de la crainte d’échouer ; et l’on n’a aucun plaisir à boire si l’on n’a pas d’abord senti « l’aiguillon de la soif». Les satisfactions de la vie humaine, « ce n’est pas inopiné­ment […] que les hommes en jouissent, c’est au prix de désagréments prémédités et voulus ». Ainsi, « partout, une allégresse plus vive est précédée d’une plus vive peine.Leibniz


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