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Le mal métaphysique et la justification de la sensibilité : La douleur inutile

Vous êtes ici : » » Le mal métaphysique et la justification de la sensibilité : La douleur inutile ; écrit le: 28 janvier 2015 par imen

la phtisieÉtrange gestion cependant que celle d’une entreprise dont les pertes n’en seraient pas et contribueraient même à enrichir son capital et celui de ses actionnaires ! Si la douleur est parfois la condition du plaisir, n’empêche-t-elle pas d’autres fois de le goûter ? Et bien qu’elle signale souvent à l’organisme, pour qu’il s’en préserve, le danger qui le menace, n’entrave-t-elle pas aussi souvent son action ? il y a des maladies sans douleur et des douleurs sans maladie. Il y a, bien plus, des douleurs qui rendent malade et ne sont signes ou moyens de rien. C’est le cas des douleurs chroniques. Comme, sur un autre plan, le malheur vrai, elles suspendent l’élan personnel et font préférer parfois la mort à la vie. D’ailleurs la douleur, même utile, ne cesse pas d’être un mal. Malebranche, plus attentif que Leibniz au mal physique, avoue ici sa perplexité : « Que la piqûre me prévienne et m’avertisse, cela est juste et conforme à l’Ordre. Mais qu’elle m’afflige et me rende malheureux, qu’elle m’occupe malgré moi, qu’elle trouble mes idées, qu’elle m’empêche de penser aux vrais biens, certainement c’est un désordre. » Il y a autrement dit, dans ce cas, une « contradiction manifeste » entre la certitude de l’expérience et l’évidence de la raison. Cette contradiction n’existerait pas moins, si la douleur devait être toujours pour nous la condition du plaisir. Ou bien il faudrait dire, comme ironiquement Plutarque, que « la phtisie, quand on crache les poumons, a été mise en avant pour le bon portement, et la goutte pour la bonne disposition des pieds » ! Aussi saint Augustin, à peine formulée cette loi des contraires, s’étonne-t-il : « Pourquoi cela, Seigneur, alors que vous êtes, oui, que vous êtes à vous-même votre éternelle joie […| ? Pourquoi cette partie de l’univers passe-t-elle par ces alternances de manque et de progrès, de désaccords et d’accords? […| Malheureux que je suis! Que vous êtes haut sur les cimes et profond dans les abîmes ! » Que l’on puisse encore, ici, demander « pour­quoi ? », cela seul montre que ce qui, peut-être, explique, ne justifie pas.


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