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La voie de Husserl : poser les fondements de la phénoménologie

Vous êtes ici : » » La voie de Husserl : poser les fondements de la phénoménologie ; écrit le: 10 mai 2012 par chiraz

La voie de Husserl : poser les fondements de la phénoménologie

Husserl critiquera avec la même conviction et des arguments similaires le psychologisme. Il posera cependant un autre problème : comment, se demande-t-il, les idéalités logiques sont-elles saisies par un esprit singulier ? Comment un être idéel peut-il être appréhendé par un acte de conscience ? Cette interrogation sera conduite dans les Recherches logiques, publiées en 1900- 1901. Husserl nomme phénoménologie philosophique l’élucidation de la logique pure par une étude des actes de conscience dans lesquels les significations logiques se constituent. Il cherche à fonder la logique sur les actes de l’esprit qui la soutiennent. Ces actes sont des vécus de conscience dans lesquels les entités logiques sont visées. Par là, Husserl découvre deux notions fondamentales : le phénomène et l’intentionnalité.


Le projet husserlien ne se réduit cependant pas à une stricte fondation de la logique. L’enjeu consiste également à se débarrasser du naturalisme qui considère l’esprit et ses productions (la culture, les valeurs, la science) comme des choses. Ce naturalisme est adossé au positivisme qui rétrécit la connaissance scientifique à de simples faits partiels sans saisir l’activité de l’esprit qui la constitue et qui en est la source, le fondement. Seule une authentique philosophie peut ainsi comprendre et fonder l’activité scientifique. Selon une métaphore verticale, la phénoménologie “descend en deçà” de l’activité scientifique, elle explore les actes de conscience qui sont à la source de l’activité scientifique.

Le phénomène, essence donnée de la chose perçue

La notion de phénomène (du grec phainomenon, ce qui se mon­tre) – qui donne son nom au courant philosophique – a plu­sieurs sens. Pour bien le comprendre ici, il faut évacuer les significations habituelles (fait naturel que l’on observe, créature impressionnante, etc.). On ne retiendra pas non plus le sens philosophique classique car le phénomène, au sens husserlien, n’est pas l’apparence trompeuse d’une réalité dont l’être caché serait la vérité. Ce dualisme métaphysique  hérité de l’Antiquité grecque, déjà attaqué par Nietzsche au XIXe siècle  est abandonné par la phénoménologie. Il n’y a pas l’apparence et “derrière” elle l’être véritable. II n’y a qu’une seule réalité et elle est phénoménale. Il n’y a que les phénomènes tels qu’ils se donnent à nous et rien “derrière”.

Le phénomène désigne la chose en tant qu’elle apparaît à la conscience. Husserl soutient que l’essence des choses apparaît à la conscience dans une intuition. Le phénomène n’est pas la chose extérieure que je perçois, mais l’essence de la chose en tant qu’elle est donnée à ma conscience qui la vise intentionnellement. Ainsi, un carré possède une essence, qui est composée des propriétés qui constituent l’être géométrique qu’est le carré. Il en va de même pour toutes les réalités, pour tous les domaines d’expérience dont chacun ouvre un champ d’étude spécifique. La phénoménologie c’est-à-dire l’authentique philosophie élucide ces essences et ces domaines d’expérience.

Elle se fonde sur la réflexion et l’intuition de l’essence des choses, c’est-à-dire les choses mêmes – c’est pourquoi le mot d’ordre de Husserl est « le retour aux choses elles-mêmes » (auf die “Sachen selbst” zurückgehen).

L’attitude naturelle

Le phénomène n’est pas ce qui est manifeste et les choses mêmes ne sont pas les choses ordinaires que je perçois quotidiennement et qui paraissent exister extérieurement et indépendamment de moi. Husserl appelle « attitude naturelle » cette croyance, spontanée et naïve, qui consiste à croire (sans réflé­chir à cette croyance même) que la réalité est un tout passivement perçu, dont ma conscience et mon existence font partie au même titre que les autres choses, un “fait”. Dans l’attitude naturelle, la réalité est vécue comme un en-soi transcendant, c’est-à- dire comme si la réalité était indépendante et étrangère à la conscience.

L’épokhè, méthode phénoménologique

Pour révéler cette attitude naturelle inconsciente, c’est-à-dire ce rapport particulier au monde, il faut la mettre entre parenthèses. Cette suspension réduction phénoménologique ou épokhè, terme directement emprunté au grec – n’est pas comparable au doute. Il ne s’agit pas, comme, dans la pensée de Descartes, de douter de l’existence de ses sensations et du monde extérieur, mais de convertir son regard, d’être attentif à la manière dont les choses nous apparaissent, d’orienter son attention vers les vécus de conscience dans lesquels se consti­tue le monde pour nous, d’être attentif à l’activité de l’esprit quand il vise un phénomène.

L’intentionnalité : une nouvelle conception de la conscience

L’orsqu’on met en suspens cette attitude naturelle et inconsciente, lorsque l’on prend du recul par rapport à cette habitude, on découvre l’intentionnalité de la conscience.

La conscience est donneuse de sens

Prenons, à titre d’exemple, la perception d’un objet extérieur. Selon l’attitude naturelle, cet objet  un arbre au loin, un dé, une maison – est une chose tout à fait indépendante de moi. Or, en se concentrant sur la manière dont je la perçois, je découvre qu’elle m’est donnée dans une série d’esquisses, de silhouettes (.Abschattungen), que la conscience rapporte à la chose en opérant une synthèse. C’est donc moi (le sujet, l’ego) qui constitue la chose en intégrant la série de ses manifestations.

La conséquence de cette réflexion est que la conscience est toujours “conscience de quelque chose” ; elle vise toujours un objet auquel elle accorde un sens. La conscience est donatrice de sens. Contrairement à ce que peut croire l’attitude naturelle, le monde reçoit son sens de l’esprit. L’objet en tant que visée par la conscience – c’est-à- dire le phénomène – est solidaire de la conscience elle-même.

La conscience se définit par ses actes

L’intentionnalité porte en elle une nouvelle conception de la conscience. Celle-ci n’est plus définie par un ensemble de facultés (l’imagination, l’entendement, etc.), mais comme étant un ensemble de vécus intentionnels. Elle se définit donc par des actes qui ont pour corrélats les phénomènes. Percevoir, imaginer, se souvenir sont des actes. Le second aspect important est l’ouverture qui caractérise la conscience car elle est d’emblée, en tant qu’intentionnelle, ordonnée à autre chose qu’elle.

Au-delà de la conscience intentionnelle, Husserl met à jour le rôle de la subjectivité dans la constitution des phénomènes, ce que le positivisme des sciences, qui ne s’interrogent pas réflexivement sur leurs propres activités, est incapable de reconnaître. Husserl nomme « ego transcendantal » cette subjectivité constituant le sens et l’unité du monde.

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