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La politique:du droit plus fort

Vous êtes ici : » » La politique:du droit plus fort ; écrit le: 25 mai 2012 par imen

La politique:du droit plus fort

D’un point de vue individuel, et en nous appuyant à nouveau et uniquement sur nos expériences et nos sentiments, nous avons tendance à croire que la force est toujours supérieure au droit. Soit nous affirmons, comme le loup de la fable que « la raison du plus fort est toujours la meilleure » en espérant ne pas être soi-même un agneau ; soit nous pensons qu’au fond le droit a été établi pour protéger les privilèges et les biens de ceux qui se sont d’abord et toujours imposés par la force. Mais les choses ne sont pas si simples et il faut se méfier des tautologies  qui se font passer pour des raisonnements. Car en effet, lorsque La Fontaine écrit que « la raison du plus est toujours la meilleure », il ne fait par cela que rappeler l’évidence suivante : la raison du plus fort est toujours la plus forte. Mais, cela ne signifie pas pour autant que le plus fort le restera toujours. Et c’est à partir de cette nuance, qui en même temps est un fait, que Rousseau démontre les avantages du droit sur la force.

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, chapitre III, 1762

« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. De là le droit au plus fort ; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ? Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu’il n’en résulte qu’un galimatias2inexplicable. Car sitôt que c’est la force qui fait le droit, l’effet change avec la cause ; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu’on peut désobéir impunément on le peut égitimement, et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on soit le plus fort. Or qu’est-ce qu’un droit qui oérit quand la force cesse ? S’il faut obéir par force on n’a pas besoin d obéir par devoir, et si l’on est plus forcé d’obéir on n’y est plus sci’gé. On voit donc que ce mot de droit n’ajoute rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout.


Obéissez aux puissances. Si cela veut dire, cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu, je réponds qu’il ne sera ¡amais violé. Toute puissance vient de Dieu, ¡e l’avoue ; mais toute maladie en vient aussi. Est-ce à dire qu’il soit défendu d’appeler le médecin ? Qu’un brigand me surprenne au coin d’un bois, non seulement il faut par force donner la bourse, mais quand ¡e pourrais la soustraire suis-je en conscience obligé de la donner ? car enfin le pistolet qu’il tient est aussi une puissance. Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours. »

Afín de garantir un ordre social, le droit est fondamentalement plus avantageux que la force, et, d’abord, pour des raisons de stabilité. Les deux termes renvoient en effet, pour Rousseau, aux oppositions entre nécessité et devoir, où entre contrainte et obligation. Or l’obéissance et la soumission ne sont pas la même chose même si elles se ressemblent parfois dans leurs effets. Je me soumets par nécessité ou par contrainte, mais cette soumission ne dure que le temps de l’exercice de la force qui s’abat sur moi et selon son degré d’importance. Une telle logique quantitative ne peut fonder un ordre social du fait même de son instabilité synonyme de désordres sans cesse renouvelés à mesure que la force change de mains ou de camps. Différemment, l’obéissance au droit est un acte de volonté : je m’oblige à obéir à une loi qui détermine une façon d’être en société. Et en obéissant volontairement chacun à ce droit qui suppose de respecter autrui autant que soi, nous garantissons tous ensemble la possibilité d’un ordre social qui reste d’autant plus stable que nous sommes sortis pour cela du simple rapport de forces. Il est facile alors de comprendre qu’un tel ordre social suppose l’établissement d’une convention légitime et juste qui garantisse à tous les mêmes droits.

Les adversaires de l’égalité et les partisans de la monarchie peuvent rétorquer que le détenteur du pouvoir est en même temps le plus fort par essence (ou par naissance) parce que Dieu l’a voulu – argument qui permet de justifier tout pouvoir établi. Mais cet argument théologique – « Toute puissance vient de Dieu, je l’avoue », écrit Rousseau – a ceci de particulier et d’insuffisant qu’il permet de tout justifier, et même la possibilité de la révolte ; car si la révolte contre les puissants réussit, c’est bien dans cette logique parce que « Dieu l’a voulu ». On comprend à nouveau et encore que ni la nature, ni la force, ni même la religion ne peuvent garantir le Droit et fonder l’ordre social. Seules le peuvent des conventions et des lois ; mais alors comment savoir si elles sont forcément légitimes ou justes ?

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