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La philosophie en France au XXe siècle : Le structuralisme et la crise du sujet

> > La philosophie en France au XXe siècle : Le structuralisme et la crise du sujet ; écrit le: 14 mai 2012 par chiraz

De même que l’existentialisme était dans l’air du temps dans l’immédiat après-guerre, le structuralisme domine les débats des années soixante / soixante dix. Par structuralisme, on entend une famille de pensées qui présentent entre elles certaines analogies. Néanmoins, cette “famille” n’est pas une école philosophique

dûment constituée mais une pluralité de recherches poursuivies dans des domaines très différents du savoir. Au contact des sciences humaines la linguistique, l’ethnologie et la psychanalyse principalement, la philosophie trouve de quoi renouveler ses problématiques, notamment pour la question du sujet.

D une manière générale, une conception du sujet n’est rien d’autre qu’une réponse à la question « Qu’est-ce que l’homme ? ». La conception rationaliste et humaniste répond que l’homme est un être à part parce qu’il est un esprit. Ainsi, il convient de distinguer l’univers naturel, les formes de vies animales et le monde humain. L’homme a une essence ou une nature universelle, une nature humaine qui ne varie pas selon les époques ou les cultures. Cette essence le différencie radicalement des autres êtres naturels et lui confère une dignité supérieure. L’homme pense, il a la raison. Comme être rationnel, il est capable de connaître le monde qui l’entoure. Parce qu’il pense, l’homme est un cogito au principe de ses pensées (le « je pense » de Descartes) par lesquelles il se représente la réalité. Il est aussi au principe de ses actes, qui relèvent d’une décision libre et autonome de sa volonté. L’homme est ainsi pensé comme un sujet – au sens de la souveraineté et non de l’assujettissement  souverain et conscient de lui-même comme du monde. C’est cette conception de l’être que le courant existentiel remettait déjà en question en cherchant à penser la vie concrète et que le structuralisme va mettre en crise.

Saussure : l’étude des structures linguistiques

Quoiqu’il n’emploie pas le terme de « structuralisme », Ferdinand de Saussure (1857-1913) est le linguiste en qui les penseurs structuralistes ultérieures reconnaîtront un fondateur. Dès 1916, son Cours de linguistique générale proposait d’étudier la langue pour elle-même afin de mettre au jour sa structure. À partir du couple signifiant-signi- fié, il conçoit la langue comme un ensemble de signes.

Signifiant et signifié

Le signifiant est la partie matérielle et sonore du signe linguistique (ou « image acoustique ») ; c’est la représentation physique du son. C’est ce qui porte la signification. Le signifié est la définition commune ou le concept d’une chose visé par le mot. Une telle compréhension remet en cause la conception classique qui analysait le signe linguistique comme un symbole correspondant à une chose dans le monde. Le signifié n’est pas le réfèrent (l’entité réelle désignée par le signifié) et le signe linguistique n’est pas un mot articulé à une chose mais un signifiant articulé à un signifié. La langue n’est pas un répertoire d’étiquettes correspondant à des choses dans le monde. À la lumière de cette nouvelle analyse du signe, elle se révèle plus complexe.

La langue comme système de signes

La conséquence immédiate de cette définition du signe linguistique est une nouvelle conception de la langue. La langue est une forme, c’est-à-dire un système organisé de relations entre des signes linguistiques qui en sont les unités minimales. Cela implique qu’un signe linguistique considéré isolément n’a ni sens ni pertinence. Ce sont les relations avec les autres mots (l’ensemble de ses différences donc) qui déterminent le sens d’un mot. Le signe est donc avant tout un élément conventionnel qui ne renvoie intrinsèquement ni à la pensée, ni à la sensation ou la perception du monde, c’est-à-dire à la réalité. La langue est comme “close” sur elle-même.

Langage, langue, parole

Le langage est la faculté humaine de communiquer des pensées par un système de signes. Il se réalise dans une langue – qui est l’objet propre de la linguistique. Ce qui est décisif ici est l’articulation entre la langue et la parole. Saussure définit la parole comme la réalisation individuelle de la langue ; elle est « l’acte de l’individu réalisant sa faculté de langage au moyen de la convention sociale qu’est la langue.

Mais la langue précède le sujet. Celui-ci ne peut s’exprimer qu’en actualisant un jeu de relations entre des signes et en respectant les règles à suivre pour effectuer de telles combinaisons  la syntaxe. Tel est le modèle de l’analyse structurale qui sera repris par d’autres penseurs pour renouveler d’autres disciplines.

Lévi-Strauss : la relation entre nature et culture

Qui est Claude Lévi-Strauss ? Né en 1908, il est ethnologue, anthropologue, philosophe, professeur au Collège de France et membre de l’Académie française. En s’inspirant du structuralisme de Saussure il fonda l’anthropologie structurale. Il fit de longues expéditions ethnologiques, notamment au Brésil. Sa compréhension des structures des groupes humains s’achève en une réflexion philosophique sur les rapports de la nature et de la culture.

La notion de structure

Dès le début de ses travaux, Lévi-Strauss fait siens les postulats de l’analyse structurale qu’il emprunte à la linguistique de Saussure pour l’appliquer à l’ethnologie et l’anthropologie. Il va s’agir de considérer les structures inconscientes à l’œuvre dans les relations sociales, au sein des groupes humains et de leurs institutions. Il faut reconnaître aux éléments qui composent ces structures une pertinence liée à leur position réciproque, c’est-à-dire qu’ils prennent sens selon les relations et les différences qu’ils entretiennent avec les autres éléments de la structure.

Des structures de la parenté aux mythes

Lévi-Strauss s’engage ainsi dans la compréhension des liens de parenté. Dans les sociétés qu’il étudie, le choix du conjoint est déterminé par le groupe tandis que la nécessité de l’union est dictée par la nature.

Par l’analyse, il parvient à faire apparaître les combinaisons entre les trois groupes concernés (groupe donneur, groupe receveur et groupe entier qui répartit les femmes) et les formes principales des structures de parenté (prohibition de l’inceste, mariage, parenté, c’est-à-dire polygamie, endoga­mie, exogamie).

Il en est de même pour les mythes qui doivent être considérés comme faisant partie d’une structure signifiante et composés d’éléments premiers (les mythèmes). Un mythe, c’est en fait l’ensemble des variations rencontrées, des différentes combinaisons des éléments qui le composent. L’analyse structurale est relativement indifférente au contenu (actions, personnages, sentiments) des histoires racontées dans les mythes : « J’ai voulu montrer que des qualités sensibles très élémentaires et liés négligées (l’opposition entre le cuit et le cru, le frais et le pourri, le haut et le bas) étaient utilisées par la pensée mythique comme autant de jetons symboliques qui peuvent être indifféremment.

distribués » (entretien avec Le Monde) dans les mythes selon une certaine logique d’ensemble. Le mythe est un système symbolique délivrant par sa structure une vérité concernant l’expérience humaine, la vie sociale et la nature.

L’émergence d’une part inconsciente chez le sujet

Freud : la découverte de l’inconscient

La psychanalyse était déjà une critique radicale du sujet. L’analyse des actes manqués prouvait, pour Freud (Psychopathologie de la vie quotidienne, 1904), que la conscience du sujet et sa maîtrise étaient débordées par des processus inconscients qu’il était possible de repérer et d’interpréter. Autrement dit, un ensemble de pseudo-actes (un oubli sans motif, une langue qui fourche), que la psychologie considérait comme des non-actes absurdes ou des défaillances irrationnelles, devenaient signifiants. Ils étaient bien des “actes” mais ceux d’un “sujet” défaillant, ne se maîtrisant pas et ignorant cela même que pourtant il disait ou faisait. La psychanalyse – ou “psychologie des profondeurs” – porta au cœur du sujet une inquiétante étrangeté. Le Moi n’était plus maître dans sa propre maison. Ce qui était censé être le plus familier au cogito  lui-même était englouti dans des eaux inconnues.

Tournée vers la compréhension des affections laissées inexpliquées par la médecine – les névroses, les psychoses et un but thérapeutique, l’œuvre de Freud découvre l’inconscient et porte un coup à la conception classique du sujet. Dès lors, la position de sujet ne décrit plus un fait mais une tâche, la subjectivité ayant à devenir un sujet en se réappropriant – par la cure psychanalytique – sa part inconsciente, résultat de son éducation et de sa culture.

La relecture de Lacan

Jacques Lacan (1901-1981), psychiatre et psychanalyste, se propose de relire l’œuvre de Freud à partir d’une analyse structurale de l’inconscient. Son œuvre essentiellement orale est accessible dans des recueils d’articles (Écrits, 1966) et dans les séminaires qu’il mena de 1953 à 1979.

Autrement dit, il faut partir du fait que l’inconscient est tissé par le langage, qu’il est langage.

L’inconscient est langage

Or, à suivre Saussure, le réseau des signifiants détermine les signifiés comme la langue détermine la parole. Les mécanismes de l’inconscient peuvent donc être abordés comme ceux du langage : la métaphore (condensation, substitution) et la métonymie (déplacement, combinaison) expliquent les symptômes et les affections psychanalytiques. La guérison supposera de rétablir les chaînes signifiantes de l’histoire du patient jusqu’à un signifiant premier. Lacan en vient à redéfinir l’inconscient comme « partie du discours concret en tant que transindividuel, qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient » {Écrits I, 1966).

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