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La passivité transcendantale du souffrir

Vous êtes ici : » » La passivité transcendantale du souffrir ; écrit le: 22 janvier 2015 par imen

La passivité transcendantale du souffrirL’impuissance du souffrir enveloppe une égale puissance d’indignation. Cette puissance ne se superpose pas seulement à ce qui serait le mouvement naturel de l’existence : elle introduit au cœur même de celle-ci la contradiction de l’être et du devoir être. Du fond même de la nuit dans laquelle elle plonge toutes choses, surgit l’idée d’un ordre dont, certes, l’exigence seule est donnée, mais qui ne peut néanmoins être séparé d’elle. La violence et la raison s’y trouvent données d’un coup selon les modalités opposées du contingent et du nécessaire. C’est donc elle qui ouvre l’alternative à laquelle nous confronte originairement notre liberté. Que l’homme cesse de s’abandonner à sa vie naturelle, qu’il suspende son jugement, réfléchisse et demande « pourquoi ? », voilà ce qui, sans doute, dépend de sa déci­sion ; mais cette décision, comment l’entendre, sinon comme la réalisation d’une possibilité ouverte et prescrite en amont d’elle-même ?

Distincte de l’expérience immédiatement vécue, la philosophie trouve néan­moins en celle-ci son point de départ. Elle s’enracine dans une passivité qui n’est ni une moindre activité ni une détermination extérieure de type causal. Telle est la passivité transcendantale souffrir. Cette passivité ne contredit pas la liberté : elle est la manière même dont la liberté prend conscience de soi. Et cette conscience est celle d’une tâche enracinée dans la condition même de l’individu abandonné à sa finitude. « Souffrir pour comprendre », clame le chœur tragique dans l’Agamemnon  d’Eschyle : rien n’interdit de discerner, au cœur même de cette articulation primitive entre pathos et logos,un désir de justice irréductible à toute volonté de puissance.


Ce n’est pas, en effet, des philosophies mais des choses que surgit l’impulsion de la recherche. Et quoiqu’il soit vrai,en un sens, que les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes, il ne l’est pas moins que les choses n’attendent pas après nos concepts et notre langage pour être ou ne pas être. Les problèmes que pose la conscience philosophique, d’abord s’imposent à la conscience commune. Non, sans doute, qu’un lien nécessaire n’unisse ces questions comme telles et leur élaboration méthodique : la philosophie ne serait plus elle-même si elle se privait des ressources logiques et argumentatives qui lui permettent de déterminer son objet. Mais la détermination de l’objet n’en suit pas moins sa première apparition. Ainsi la proposition selon laquelle « il faut être logique » ne peut être logiquement déduite. Le discours cohérent se précède lui-même comme une exigence dont il reçoit son unité et sa détermination. La passivité transcendantale du souffrir

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