La culture :Les nouvelles technologies

> > La culture :Les nouvelles technologies ; écrit le: 24 mai 2012 par imen

Aujourd’hui la notion de progrès a laissé place, concernant les nouvelles technologies, à la notion de révolution. Certains commencent à espérer l’avènement d’un homme nouveau : pas seulement plus fort et plus résistant mais un être qui ressemblerait à ce que les anciens mythes appelaient des demi-dieux. Voilà le dernier fantasme à la mode : un homme non plus seulement perfectionné, mais qui, grâce aux nouvelles technologies, serait doté de qualités quasi divines, et en premier : l’immortalité.

Il est étonnant de constater que les trois technologies qui apparaissent aujourd’hui les plus révolutionnaires et nouvelles s’accompagnent des fantasmes liés aux plus vieux mythes.

Chacun semble aujourd’hui s’intéresser aux biotechnologies et en particulier au clonage et aux promesses que l’opinion plus ou moins savante ou commune y ajoute. Qu’il est doux de se laisser bercer par ces voix qui nous promettent rajeunissement et organes de rechange dans un futur pas si lointain. Et derrière tout cela la promesse des promesses : l’éternelle jeunesse.

Les nanotechnologies ne sont pas en reste dans cette surenchère des fantasmes, puisqu’elles nous promettent la fusion entre l’homme et la machine, non plus seulement des machines au service de l’homme, mais à l’intérieur même de l’humain. Plus fort et rapide que Steve Austin’ et Robocop réunis, il est curieux de s’imaginer le cerveau truffé de microprocesseurs pour penser plus vite (en espérant qu’on ne nous promette pas aussi de penser plus juste), le corps envahi de capteurs pour manger et digérer comme il faut, et le reste garni de prothèses pour rester à la hauteur. Enfin, il y a les nouvelles technologies de la communication et de l’information, censées s’immiscer au sein même des rapports humains pour faire de chacun de nous un consommateur éclairé, un citoyen informé, un blogger diffusé. Arrêtons-nous un instant sur ces écrans qui nous entourent et nous attirent pour savoir s’ils bouleversent réellement notre vie ou se contente simplement de veiller sur nous.

Certains s’approchent encore aujourd’hui des ordinateurs comme autrefois on s’approchait d’une icône : de biais, fascinés, sans bien savoir où cela nous mène. L’attitude fut certainement la même lorsque des hommes apprirent leur premier alphabet, ou lorsque Gutenberg se retrouva seul dans son imprimerie à contempler son premier livre. L’informatique en général et Internet en particulier semblent bien représenter un bouleversement aussi grand, une révolution aussi importante que l’invention de l’alphabet et de l’imprimerie qui tous deux eurent pour effet de donner et d’apporter la parole au plus grand nombre.

Avant l’invention de l’alphabet, écrire et transmettre des informations supposait en effet une spécialisation extrême. Du temps des scribes et des hiéroglyphes, quand les choses se disaient en formes, il fallait en connaître des milliers pour avoir accès au savoir. Le savoir était donc réservé à une élite, synonyme de pouvoir, et le reste n’était pas littérature mais transmission orale et donc limitée.

Avec l’alphabet, et plus encore avec l’imprimerie comme moyen de diffusion, le savoir écrit sort de la sphère du pouvoir et des monastères pour devenir accessible au plus grand nombre. On pourrait même se demander si ce ne sont pas ces révolutions dans la communication qui ont été une des causes fondatrices des grands bouleversements politiques et historiques.

Dans cette perspective, les nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent être vues comme ce qui permet d’achever ce que l’alphabet et l’imprimerie avaient commencé : le savoir et la parole non plus seulement accessibles au plus grand nombre, mais à tous.

Dans l’idéal, on attendrait donc que ce mode de diffusion donne accès à tout ; mais comme tout idéal, cela pose problème et particulièrement lorsque l’on sait que le fantasme de l’omniscience est aussi celui du contrôle total : tout voir permet aussi de tout contrôler ; Big Brother l’a bien compris. Telle est la contradiction de notre époque : on nous annonce la fin de la censure en même temps que le progrès ou l’avènement de la société de contrôle.

Sur ma gauche : la promesse d’une communi(cati)on universelle, l’information pour tous, l’échange planétaire, la cyberdémocratie et Lara Croft dans les bras. L’hyperbole est de mise : « Internet ! Et la communication deviendra universelle ! », « Internet ! Le savoir pour tous ! » Et sur les interfaces des ordinateurs que nous achetons pour être de notre temps, les concepteurs publicitaires affichent les mots « créer, partager, innover, aimer » pour mieux effacer ces vieux termes de calculs et de logique trop longtemps attachés à nos vieilles machines. Enfin, nous dit-on, nous avons inventé l’Outil de notre liberté, le blog est notre moyen d’expression, le monde est devenu accessible. L’ubiquité n’est plus l’apanage des dieux de l’Olympe, nous pouvons être partout à la fois, à la maison et sur un forum, seul devant l’écran mais en rapport avec des milliers de gens.

Sur ma droite : la menace de finir comme Prométhée, dans un monde déshumanisé où la technique finira par nous enchaîner et par nous faire ressembler à ces prisonniers que Platon décrivait dans leur caverne bercés et endormis par des images qu’ils prenaient pour la réalité. Et l’on se rappelle alors que la maîtrise des voies et des moyens de communications, « des autoroutes de l’information », a toujours été le but premier de ceux qui voulaient imposer leur ordre.

Notre époque nous maintient entre ces deux discours, dans une antinomie qu’il s’agit d’exposer et de dépasser.

Internet et les multimédias nous aident-ils dans nos apprentissages de la liberté ? Il semble possible de répondre positivement en postulant que toui le monde peut s’en servir, que les bornes fleurissent dans la plupart des  pays. qu’il renvoie à un usage démocratique de la parole et de l’information.

Il est peut-être même possible d’espérer qu’il apprend à ses utilisateurs à faire ce que les fanatiques et les intolérants ne supportent pas : jouer avec les textes et les images. Lorsque Ted Nelson inventa le mot hypertexte, et ainsi posa les bases de ce qu’on appellerait Internet, il lança l’idée d’un gigantesque réseau—Xanadu — qui pourrait virtuellement contenir toute la littérature mondiale. Cette possibilité était fondée sur la liberté offerte et laissée à chacun de pouvoir, sans cesse et à son tour, ajouter des textes, des images et des liens au sein du système préexistant. Cette idée d’un système ouvert et sans cesse en construction, d’une communication fondée sur la recréation et la liberté semble se réaliser en partie dans le nombre de blogs qui se créent chaque jour sur la toile.

Mais cette idée se heurte à trois obstacles : l’usage, l’outil, et le concepteur.

D u côté de l’outil et de l’usage, parce qu’il doit être utilisé par tous, il répond à une exigence de simplification qui s’accompagne forcément d’une multitude de déformations. Simplifier, c’est rendre simple, commun, accessible aussi aux plus simples et l’idéal cyberdémocratique laisse souvent place au règne de l’opinion et de la majorité. Nous voudrions parler de liens, de choix, de multiplication, de diversité et de liberté mais nous nous retrouvons la plupart du temps devant une information ou une image numérique répétée à l’infini. La diffusion remplace la communication, l’information remplace le savoir, tout devient diffus et nous perdons l’essentiel.

Du côté du concepteur, nous savons par exemple que les images des pays lointains ne sont recherchées et disponibles qu’en cas de tragédies, la plupart du temps. Neuf images sur dix, disponibles sur Internet, proviennent de deux ou trois sources standards qui abreuvent le reste du monde. Voilà le paradoxe, la communication est libre mais les informations sont sélectionnées par des enjeux politiques et financiers : plus d’un milliard de gens chaque jour fondent leur jugement de valeur en matière d’événements „niemationaux sur les informations d’une seule agence de presse.

Dans Vie et mort de l’image, Régis Debray insiste sur le fait que les satellites, les caméras, les ordinateurs appartiennent aux pays les plus riches qui ont l’exclusivité des droits de reproduction, d’accès et de diffusion. Mais, si les images appartiennent aux plus riches, elles sont aussi distribuées aux plus pauvres et notre planète médiatique, télématique et informatique es: un certain rapport nord/sud médiatisé par des images. En ce sens, les nouvelles technologies de l’information et de la communication remettraient simplement de coloniser autrement.

Vidéo : La culture :Les nouvelles technologies

Vidéo démonstrative pour tout savoir sur : La culture :Les nouvelles technologies

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