La conscience malheureuse et l’esprit du monde

> > La conscience malheureuse et l’esprit du monde ; écrit le: 28 janvier 2015 par imen

Sans doute le mal dont nous souffrons est-il une apparence : il n’est ici que pour être vécu par une conscience ; les stoïciens axaient raison d’affirmer qu’il réside tout entier dans l’idée que nous en avons. Mais l’apparence ne peut être opposée ici à la réalité, l’idée du mal, à la chose dont elle est l’idée. Nier la réalité du mal serait nier le fait que des hommes souffrent. C’est contre cette réduction du mal à une apparence trompeuse que Kant avait élaboré le concept de grandeur négative.

Cette réduction n’est pas, à la lettre, imputable à Hegel. Pour ce dernier aussi le mal est une négation réelle. Mais cette négation, encore une fois, contribue selon lui à l’affirmation active de l’universel et se trouve donc mesurée par une réalité plus haute que celle — inférieure — de la conscience individuelle : une grandeur négative reste une grandeur relative. « Toute grandeur dans le monde a au-dessus d’elle quelque chose tic plus élevé » ; aussi « le droit de l’Esprit du Monde dépasse |-t-il| toutes les justifications particulières » que pourraient faire valoir contre lui non seulement les individus mais encore les peuples10, et le mal est-il non dans le sacrifice mais dans l’absolutisation, par chacun, de sa propre particularité, et dans l’oubli des médiations qui fondent effectivement celle-ci.

Qu’en est-il cependant lorsque cette absolutisation n’est pas voulue mais subie — lorsqu’elle est la marque dans la personne non de l’orgueil et de l’imposture, mais du dénuement et de la détresse ? Dans un passage étonnant des Principes de la  philosophie du droit, Hegel admet, en marge de sa critique de la « moralité subjective » (et contre toutes les raisons qu’il donne pour penser que « bien » et mal » n’ont de signification véritable que dans la sphère de la « moralité objective», où l’État vient heureusement à bout, au fil des quatre époques de son élaboration historique, de la « complaisance » et de l’« idolâtrie » de soi), un « droit de détresse ». En définissant celui-ci comme l’« expression immédiate de l’être personnel comme vie », il suppose que la détresse elle-même est un mal que rien, subjectivement ou objectivement, ne mesure ni ne dépasse.les stoïciens

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