Critère de la connaissance et sens commun

> > Critère de la connaissance et sens commun ; écrit le: 23 mai 2012 par marwa modifié le 7 juillet 2018

Selon Roderick Chisholm (1989), la théorie de la connaissance répond à deux questions principales:

A.   Que savons-nous ? Quelle est l’étendue de notre connaissance ?

B.   Comment devons-nous décider de ce que nous savons ou pas ? Quels sont les critères de la connaissance ?

Tant qu’on n’a pas répondu à B, on ne peut répondre à A, affirme le sceptique. Or, n’est-il pas impossible de répondre à B tant qu’on n’a pas répondu à A? Autant dire que, pour le sceptique, on ne peut répondre valablement à aucune des deux questions. Si même nous connaissions certaines choses, nous ne pourrions pas savoir que nous les connaissons.

Le « méthodiste »

(le terme n’a ici aucun sens religieux) affirme qu’il est capable de donner une réponse à B, et que cela va lui permettre de répondre à A. Locke, Hume ou Kant, chacun à sa façon, étaient méthodistes. Dans une grande mesure, toute la philosophie moderne l’est. Les philosophes modernes ont pensé en effet que l’épistémologie consiste principalement à rechercher les critères de la connaissance et à les appliquer afin de déterminer ce que nous sommes en droit de prétendre connaître. La rupture avec ce modèle ne signifierait-elle pas alors la fin de l’épistémologie ?

Le « particulariste »

affirme que répondre à la question A revient à donner de multiples exemples de ce que nous savons. À partir de là, on a quelque chance de parvenir à répondre à B. C’est ce que pense un philosophe du sens commun, comme Thomas Reid au XVIIIe siècle, et George E. Moore au xxe siècle. Je sais que j’ai deux mains. Comment puis-je le savoir? Les philosophes disent souvent des choses «extraordinaires». Par exemple, ils affirment que nous n’avons accès qu’à nos propres idées et jamais aux objets qui nous entourent. Ils sont idéalistes. Ceux qui les croient sont parfois jetés alors dans des abîmes de perplexité, voire d’angoisse métaphysique. Le philosophe du sens commun propose de partir plutôt de ce que chacun semble penser. Les objets sont là autour de nous, les personnes aussi, et nous savons bien ce qu’ils sont (une fleur, une table, une université) et ce qu’elles nous disent (« Bonjour », « Je t’attends demain matin », « Je t’aime »). Parfois, les choses sont certes moins familières. Mais, dans l’ensemble, cela ne va pas si mal. Le particulariste part ainsi du fait de nos connaissances, et il se demande comment nous y sommes parvenus.

Contre le particularisme du sens commun, on objecte immédiatement qu’il court-circuite l’enquête épistémologique. La réponse à la question de ce que nous connaissons est donnée dès le départ. Or, nos jugements intuitifs ne peuvent-ils pas être faux? De plus, ils ne sont pas si partagés et donc communs que cela. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ! Cela vaut souvent pour ce que l’on prétend connaître. La plupart du temps, le sens commun n’est-il pas aussi qu’âneries largement répandues ? On croyait que le soleil tournait autour de la terre. C’était le sens commun. Ah, il est beau le sens commun !

Mais par quoi le remplacer? Comment éviter, même pour critiquer d’anciennes « évidences » aujourd’hui rejetées, de faire appel à nouveau au sens commun ? Charles S. Peirce parlait du « sens commun critique » : nous partons de nos intuitions, de nos connaissances particulières et, quand il le faut, nous les rectifions (voir Tiercelin, 2005). Une philosophie du sens commun affirme que nos intuitions sont les seules normes de l’enquête philosophique. S’en éloigner, c’est courir le risque de divaguer et, pour un philosophe, de tromper son monde.

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