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La finitude du sujet agissant

Vous êtes ici : » » La finitude du sujet agissant ; écrit le: 28 janvier 2015 par imen

Kant.Pour Kant, comme pour Kierkegaard, la sincérité de Job consiste à savoir qu’il ne sait pas ; elle est tout entière dans l’aveu de l’impuissance de notre raison à réconcilier Dieu et le mal. Mais cette impuissance est seulement pour lui celle de la raison théorique ; elle signifie précisément que le mal n’est pas  problème soumis à notre connaissance mais une question posée à notre liberté. Aussi en conclut-il non au mystère mais à l’action. Si la « loi » doit être opposée ici à la « science », c’est au sens d’une foi morale ou d’une foi religieuse dont la mora­lité est l’unique contenu. Objectivement in démontrée, la réconciliation de Dieu et du mal est subjectivement postulée connue une condition de la bonne conduite. Cette condition est accordée à la finitude du sujet agissant. Lui enjoindre : « tu dois donc tu peux », est lui dire non : « tu peux tout », mais : tu dois travailler autant que tu le peux à te rendre digne d’un bonheur dont la réalisation finale ne dépend pas de toi.

L’idée kantienne d’une théodicée authentique peut être avantageusement opposée, en ce sens, a l’achèvement hégélien et au refoulement nietzschéen de la théodicée dans sa forme traditionnelle. Elle montre qu’il est également impos­sible de résoudre et de supprimer le problème du mal. Mieux : en laissant ouverte la question de la justification, elle laisse ouverte aussi une histoire dont elle dessine l’horizon mais dont elle remet les chances de progrès entre les mains des hommes : à eux d’inscrire leurs actions dans cet horizon ou d’ignorer au contraire l’exigence infinie qui le révèle à la conscience de chacun.


Mais n’y a-t-il pas quelque incohérence à réduire d’un côté bien et mal à des possibilités dont la réalisation dépend de nous, et à reconnaître d’un autre côté un « mal d’injustice » dont la suppression ne dépend pas de nous ? Cette injustice met en question la primauté du mal moral. Mlle montre aussi l’insuffisance d’une religion réduite elle-même au «culte moral de Dieu » (comme l’est en droit, selon Kant, une religion maintenue « dans les limites de la simple raison »). Au moins aurait-elle du interdire au père de la philosophie critique de chercher dans le Livre de Job l’expression allégorique de ce qu’il appelle la « théodicée authentique ».Kant

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