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L’irruption de la technique : Penser les catastrophes du XXe siècle

Vous êtes ici : » » L’irruption de la technique : Penser les catastrophes du XXe siècle ; écrit le: 12 mai 2012 par chiraz

L'irruption de la technique : Penser les catastrophes du XXe siècle

Anders : la reformulation des problèmes moraux et politiques

Philosophe allemand, élève de Cassirer, Husserl et Heidegger, premier mari de Hannah Arendt, écrivain et journaliste, militant pacifiste et anti-nucléaire, Günther Anders (1902-1992) s’est consacré à la question de la technique, et plus particulièrement à celle des conséquences pour l’humanité de l’existence de la bombe atomique. Il eut une correspondance avec Claude Eatherly, pilote de l’un des bombardiers qui larguèrent la bombe atomique sur Hiroshima. Anders propose des réflexions originales faites de nombreuses analyses concrètes de la condition de l’homme moderne. De ses nombreux ouvrages, citons : L’Obsolescence de l’homme (1956), Avoir détruit Hiroshima (1962) et Nous, fils d’Eichmann (1964).


La honte prométhéenne

Anders s’intéresse à un singulier renversement du rapport homme-technique auquel il donne le nom de honte prométhéenne. Au regard des perfectionnements techniques et par conséquent de ce dont sont capables dorénavant les machines que nous fabriquons, l’homme est devenu une antiquité : il est lui-même obsolète. Les machines sont d’une précision, d’une vitesse, d’une résistance et d’une puissance qui dépassent de loin les capacités naturelles d’un individu. Nous ne pouvons pas être fiers de ces machines, comme un artisan pouvait l’être face à ses productions, puisque les machines sont dorénavant fabriquées par d’autres machines, selon une division du travail qui nous échappe .

L’autonomie de la technique

Anders considère que l’homme n’est plus l’agent autonome de ses instruments. La technique dépasse dorénavant le simple statut d’instrument. Elle désigne plutôt un monde qui conditionne irréductiblement nos actions. Notre vie est faite de machines, produites par d’autres machines qui, elles-mêmes, requièrent de nouvelles machines pour être entretenues, réparées, recyclées. Les machines forment donc un réseau (une mégamachine) qui tend à se développer de lui-même et érode notre capacité à assigner des limites au fonctionnement de nos objets technologiques. Dans une sorte de retournement inquiétant, l’homme n’est plus le sujet rationnel et maître des moyens d’action qu’il invente et développe, mais devient l’objet d’un monde de machines de plus en plus autonomes.

Jonas : le principe de responsabilité

Partant d’un constat similaire, Hans Jonas (1903-1993), dans Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique (1979), propose néanmoins une réflexion moins pessimiste.

Les dimensions de l’agir humain sont désormais formidablement amplifiées. La technique, rappelons-le, permet d’agir et les conséquences de nos actes, des processus naturels que nous sommes devenus capables de déclencher sur Terre, ont des répercussions lointaines dans le temps et l’espace.

Autrement dit, la responsabilité de nos actions, autrefois limitée dans le cercle étroit de nos rapports avec nos prochains, s’ouvre à une dimension inouïe, suite à la modification radicale, voire révolutionnaire, de notre condition humaine par le développement de la technique moderne. C’est là une « révolution que personne n’a programmée, totalement anonyme et irrésistible » (Le Principe responsabilité).

La transformation de l’agir humain modifie la responsabilité qui doit devenir « commensurable à la portée de notre pouvoir » {Ibidem). Le pouvoir de transformer ou de détruire que donne la technique crée simultanément le devoir d’en répondre. Nous devenons responsables devant les générations futures qui attendent de nous que nous réglions notre agir de façon à ménager pour elles la possibilité de vivre humainement dans un environnement naturel accueillant.

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