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Être de devoir-être : Le non du corps à la souffrance

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K. Jaspers.Si la souffrance est ligne expérience vécue en première personne, celte expérience n’a pas cependant une signification étroitement psychologique. En la comptant parmi les « situations limites », Jaspers déjà lui donnait le pouvoir de révéler à chacun moins ce qu’il est que « ce qui est ’4 ». Dans son impuissance à être soi, le Je du « Je souffre » se confond avec le 11 de l’« il v a ». Ce qui se manifeste à lui dans une nuit impénétrable au regard et au langage est l’événement d’être. La souffrance est une expérience ontologique. Elle est la passion née de l’exténuation des possibilités déployées au-devant de nous par nos désirs et par nos projets. On ne veut peut-être pas dire autre chose lorsque l’on remarque que souffrir n’est pas simplement sentir, mais sentir que l’on sent : rien alors n’est donné à la sensibilité, sinon la sensibilité elle-même.

Mais la sensation ne peut pas être séparée ici de la répulsion que la souffrance suscite contre elle-même. Cette répulsion n’est pas le produit d’un jugement qui s’appliquerait du dehors au mal; elle ne s’ajoute pas simplement à ce qui serait l’affirmation naturelle de la vie. Aussi a-t-elle pour lieu le corps et se confond-elle alors avec les forces que celui-ci mobilise contre ce qui le détruit . Elle est davantage toutefois qu’une réaction instinctive. Avec ce non du corps à la souffrance, c’est l’esprit qui commence. Sur lui se fondent toutes nos protestations et tous nos refus. En lui aussi s’enracinent tous les efforts d’une volonté qu’il oriente sans la contraindre.

Jaspers oppose, parmi les situations limites, celles qui impliquent notre collabo­ration active et celles qui, à l’inverse, ne l’impliquent pas. De la première espèce sont selon lui la lutte et la faute, de la seconde au contraire la mort et la souffrance. Mais c’est la souffrance elle-même qui nous empêche de nous abandonner à la souffrance. C’est la souffrance elle-même, autrement dit, qui mobilise les forces qui entrent en lutte avec elle et qui précèdent en nous l’acte par lequel nous pour­rions délibérément choisir de l’accepter ou de la refuser. Dans ses formes les plus élémentaires, la lutte pour la vie déjà est lutte contre la douleur. C’est pourquoi, réciproquement, la lutte contre la douleur est lutte pour la vie. Elle est la lutte de la vie contre ce qui rend la vie impossible. Nul ressentiment ici — mais l’incompati­bilité formelle de la douleur avec elle-même. On peut bien mettre alors en conti­nuité la vie organique et la vie de la personne humaine : c’est la même incompatibilité, c’est la même contradiction.K. Jaspers

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