La revue de presse : La réalisation

> > La revue de presse : La réalisation ; écrit le: 10 mars 2012 par chayma

Tous sites d’investigation confondus, la revue de presse concerne en pratique 46 % de l’échantillon. Si l’on excepte les problèmes liés à la construction et à la représentativité des enquêtes, il semble donc qu’elle soit encore un outil dont l’utilisation n’est pas généralisée. De façon un peu plus fine, l’exploitation des réponses montre que l’intérêt ou l’usage varient en fonction des secteurs : en 1996, les collectivités territoriales (61 %) ont été plus nombreuses à répondre que les entreprises (40 %) ; en 1998, le secteur public est davantage producteur de revues de presse (64 %) que les entreprises (26 %). En tout cas, derrière ces revues, il y a évidemment des réalisateurs dont la tâche consiste à sélectionner l’information à partir de sources variées et à la mettre en forme.

Les réalisateurs : profils, compétences, conditions de travail

Correspondez-vous à l’un des profils types pour réaliser une revue de presse ? Contrairement à une idée reçue voulant qu’il s’agisse d’un travail de découpage et de collage confié à de jeunes personnes récemment arrivées dans le service (20 % ont entre 25 et 30 ans) ou à des collaborateurs en fin de parcours (20 % ont entre 40 et 50 ans), les réalisateurs de revues de presse ont, dans 60 % des cas, une trentaine d’années. Dans le même pourcentage, ce sont des femmes. Cela correspond à une tendance forte : la féminisation des métiers d’information et de communication, sachant que, dans ces métiers, les travaux d’exécution reviennent plus aux femmes qu’aux hommes. Loin de nous l’idée de vouloir renforcer le machisme ambiant. Au contraire, ce manuel ambitionne de montrer que réaliser une revue de presse est autre chose que de pratiquer le couper- coller.

A cet égard, en termes de qualification préalable, nous pouvons distinguer deux grands cas de figure. D’une part, celui des personnes ayant suivi un cursus en information et communication. Les chargés de communication qui réalisent une revue de presse sont largement minoritaires (18 %), alors qu’assez souvent ces professionnels ont bénéficié de formations aux techniques journalistiques et à la lecture rapide. Dans les administrations, ce sont des documentalistes diplômés (20 %) qui assurent cette tâche, même si le service de documentation est plutôt rattaché à celui des ressources humaines qu’à celui de la communication. D’autre part, la revue de presse est bien souvent confiée à des personnes non spécialisées dans ce domaine : des secrétaires (42 %), en particulier dans les mairies, ou des agents sans spécificité professionnelle affirmée (20 %). Dans l’un et l’autre cas, il ne s’agit pas d’une mission confiée ponctuellement : les répondants exercent en moyenne cette activité depuis six ans. Si la distinction entre les deux groupes est manifeste, il faut cependant relativiser l’éventuel impact des parcours de formation ou des trajectoires professionnelles, puisque joue un savoir-faire acquis au fil de l’expérience. Du reste, l’analyse comparée de la revue d’un service réalisée successivement par une secrétaire, puis par une chargée de communication qui insiste sur son professionnalisme ne montre pas de grandes différences. On se gardera néanmoins de généraliser.

Si l’on veut évaluer les compétences requises pour faire une « bonne » revue de presse, on est rapidement confronté à un paradoxe. Aux yeux des principaux concernés ou de nombre de leurs responsables, la réalisation d’une revue de presse semble rudimentaire : lecture de la presse, découpage et photo-copiage des articles importants, marquage des pages, tampon pour la date, puis sur lignage des informations significatives (une responsable d’un service de relations publiques interrogée ne voyait même l’intérêt de la question des compétences puisqu’il s’agit d’un « simple travail de secrétaire que n’importe qui peut faire »).Ce mode opératoire artisanal est commun à la plupart des organisations, quelle que soit leur taille. En fait, il répond à un impératif d’élaboration rapide. Cependant, il met en œuvre des mécanismes plus complexes ayant des implications dont les acteurs n’ont pas toujours conscience : réélaboration d’un support, décontextualisation et recontextualisation des informations sur lesquelles nous reviendrons. Ce paradoxe pose la question de la perception des compétences. Du point de vue de ceux qui réalisent des revues de presse, les compétences requises sont l’esprit d’analyse et de synthèse, la lecture rapide, l’aptitude à aller à l’essentiel, manier le cutter ou les ciseaux. Ces compétences, peu valorisées, s’acquièrent au fil de l’expérience plus que par un apprentissage méthodique : « C’est comme le tarot, il faut jouer pour bien maîtriser les règles », nous déclarait une chargée de communication. Certes, des organismes proposent des formations à la revue de presse, souvent centrées sur les techniques de lecture des journaux, mais elles ne sont pas très prisées en raison d’une représentation par trop simpliste de cette activité. Il en ira peut-être différemment avec des stages organisés pour apprendre à indexer le contenu des revues de presse sur un réseau interne. Enfin, selon certains responsables de communication, la compétence doit se doubler d’un plaisir. L’une d’elle estime qu’il faut que la personne chargée de la revue de presse « aime lire le journal, sinon ce n’est pas la peine qu’elle fasse une revue ».

Quoi qu’il en soit, il apparaît que ce sont peut-être moins les profils professionnels qui s’avèrent déterminants pour la réalisation d’une revue que les conditions de travail, de fonctionnement d’un service de communication ou de documentation.

On observe des variations dans le potentiel des ressources humaines qui peuvent avoir un impact sur la richesse informative et le rythme de parution du document. Ainsi une revue de presse peut-elle se faire en solitaire ou en équipe. La plupart du temps, il s’agit d’un travail solitaire (67 %). Et lorsqu’il y a travail d’équipe, celle-ci est rarement composée de plus de trois personnes (27 %) ; en ce cas, les tâches sont partagées (sélection des articles, mise en forme, reproduction, diffusion). L’équipe est parfois plus étoffée (3 à 5 personnes pour 2 % de l’échantillon). Dans un ministère, au sein d’un département d’information et de communication, une équipe est affectée spécifiquement aux revues de presse : trois personnes dépouillent la presse nationale, une autre s’occupe de la presse internationale (un résumé en français est fourni avec chaque article), deux agents sont chargés de la reproduction. Cette équipe a pour tâche de constituer deux fois par jour des dossiers et de diffuser chaque semaine une revue de la presse internationale. Sur le plan de l’investissement temporel, les revues de presse quotidiennes nécessitent, en moyenne, une à deux heures de travail. Le temps passé pour la réalisation des revues ayant une autre périodicité est difficile à quantifier, par­ce que le travail se fait souvent de façon discontinue.

En ce qui concerne l’aspect matériel, un constat s’impose. Les outils de base mis à disposition sont vraiment… basiques : une paire de ciseaux, de la colle et une photocopieuse (plus ou moins performante). Dans une telle logique artisanale, l’usage de l’ordinateur pour améliorer la mise en page est encore rare. Il est surtout utilisé pour la couverture et le sommaire.

L’équipement est naturellement tributaire du budget. Sur ce point, comme souvent en matière de communication, la discrétion est de règle : nous n’avons obtenu aucune réponse sur l’ampleur du budget, et nous en sommes réduits à des hypothèses. Soit le sujet est effectivement tabou, soit il n’existe pas de budget spécifique pour la revue de presse. Néanmoins, on peut disposer d’indications pour le chiffrage par postes. Le budget comporte le montant des abonnements aux différents journaux, le coût du travail des personnels chargés de la réalisation les frais de reproduction (papier, photocopies, droits de reproduction).

Pour des questions de coût et de facilité de réalisation, dans la quasi-totalité des cas (97 %), la revue de presse est reproduite en mira. Les imprimeurs se partagent les 3 % restant. La reproduction à l’extérieur concerne les 9 % de notre échantillon dont les revues de presse sont réalisées par le siège de l’entreprise ou par une société spécialisée. Cela ne veut d’ailleurs pas dire pour autant qu’il n’y ait jamais de travail sur le site. Par exemple, dans une compagnie d’aviation, la revue de presse est livrée vers 8 h 30. Un membre du service de la communication vérifie sa teneur et sa mise en page. Si besoin est, il réorganise la disposition ou rajoute quelques articles qu’il a collectés de son côté. De surcroît, ce service réalise une revue de presse hebdomadaire à partir des publications du secteur. Pourquoi ? Les sociétés spécialisées en revues de presse ne sont bien souvent pas abonnées aux journaux professionnels de leurs clients qui appartiennent à des secteurs d’activités très diversifiés.

Précisons enfin que si les moyens ne sont pas toujours à la hauteur de l’ambition affichés, cela n’empêche pas une recherche de qualité. Ainsi, des entreprises travaillent-elles dans le cadre d’un processus « qualité » et la réalisation de la revue de presse peut être concernée. Selon le responsable d’une revue tirée à 1500 exemplaires, « la revue de presse, c’est exactement comme le métier de journaliste. On sait qu’à partir de telle heure les rotatives tournent, parce que le journal doit être dans les kiosques le matin et qu’il doit être impeccable ». Ce processus s’applique à toute la chaîne de production, dont, à la base, la mise à disposition des ressources documentaires pertinentes et la nécessaire sélection des données face à l’opulence informationnelle. Il arrive néanmoins que les choix soient drastiques.

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