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Romantisme Chateaubriand et la guerre des mythologies

Vous êtes ici : » » Romantisme Chateaubriand et la guerre des mythologies ; écrit le: 26 janvier 2012 par Hela modifié le 16 septembre 2017

C’est par une « révolution mythologique » que débutent le XXe siècle et le romantisme. Ce siècle avait deux ans quand Chateaubriand accuse la mythologie païenne de rapetisser la nature. Non sans discussions, Génie du christianisme conclut le long débat par la victoire du merveilleux chrétien. Dans la préface des Odes de 1824, Victor Hugo va jusqu’à déclarer que « si la littérature du grand siècle de Louis le Grand eût invoqué le christianisme au lieu d’adorer les dieux païens, […] le triomphe des doctrines sophistiques du dernier siècle eût été beaucoup plus difficile… ». Voilà les « Alcid.es » qui, dans l’ode de Boileau, tirent du canon au siège de Namur, rendus responsables de Voltaire  et de la Révolution ! L’emportement du poète ultra rappelle le fanatisme de ce Charles Duguet que nous avons cité à la p. 39 ! En 1824 encore, Alfred de Vigny donne le premier chef-d’œuvre du merveilleux chrétien, si longtemps attendu, dans notre langue ; Eloa trahit peut-être l’influence des Amours des anges de Thomas Moore, et son décor est tout miltonien, mais l’idée de l’ange femme, née d’une larme du Christ et de l’impuissance de la pitié devant le mal, est originale et forte. Pour Vigny, comme pour Lamartine et Hugo, la Bible allait être la source vive de la plus haute poésie. Pour sa part, Chateaubriand, qui triomphe quand il montre dans le sentiment de l’infini et du mystère l’âme de la poétique chrétienne, reste fâcheusement attaché au merveilleux conçu comme un ensemble de « machines » ; s’opposant en cela à Dante, Milton et Klopstock, il condamne « tout poème où une religion est employée comme sujet et non comme accessoire, où le merveilleux est le fond et non l’accident du tableau ». C’est ainsi que, dans Les Martyrs, le merveilleux ne sera qu’une « machine » dont le roman des Martyrs de Dioclétien aurait fort bien pu se passer. Il n’importe ; de toutes parts on livrait assaut au panthéon gréco-latin. Si le voltairien Népomucène Lemercier (124) se montre hostile au « merveilleux hébraïque », c’est pour inventer une « mythologie nouvelle », la « théogonie newtonienne », qu’il applique dans son épopée scientifique de L’Atlandiade ; en faisant lutter et collaborer Barytée, déesse de la force centripète, et Proballène, déesse de la force centrifuge, il réconciliait, pensait-il, le merveilleux et la science, mais son système, repris en 1819, dans La Panhypocrisiade – une « comédie épique » qui mérite la lecture – n’eut point le succès qu’il espérait. Les contemporains se contentaient des mythologies découvertes au siècle précédent. Baour-Lormian se fait le héraut d’Ossian et affirme, en 1801, la supériorité de sa mythologie sur celle d’Homère, usée, et sur celle d’Odin, trop sauvage (56). La mythologie Scandinave n’en est pas moins en vogue, et Saint-Geniès, auteur d’un Balder, fils d’Odein, s’écrie : « Les trésors de la mythologie grecque sont totalement épuisés… Il était temps qu’Odin vînt redemander la foudre à Jupiter las de la porter. » Le genre troubadour, lui aussi, atteint alors son apogée, avec les huit volumes de La Gaule poétique de Marchangy, qui paraissent de 1813 à 1817 et connaissent le plus vaste succès. La mythologie Scandinave, renforcée par le dieu saxon Irmensul et le gaulois Teutatès, s’y mêle au merveilleux de féerie ; l’apport le plus intéressant de Marchangy est sa doctrine de « l’épopée romanesque, considérée comme genre national » : le cycle épique qui s’est formé, au Moyen Age, autour de Charlemagne, devenu un personnage fabuleux, a produit une mythologie nouvelle véritablement indigène, dont doivent s’inspirer nos poètes. Le vicomte d’Arlincourt, avec les vingt quatre chants de son Charlemagne ou la Caroléide, répond, dès 1818, au vœu de Marchangy, qui va dans le même sens que la théorie du romantisme, genre indigène issu du Moyen Age, dans De l’Allemagne de Mme de Staël, et Nodier s’enthousiasme : « Voilà vos fables, votre mythologie » – crie-t-il aux jeunes poètes – « sujets sublimes auxquels il n’a manqué que de recevoir le sceau du génie pour succéder […] aux éternelles histoires de Troie, d’Argos, de Thèbes et de Mycènes ».

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