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La virevolte, Nancy Huston

Vous êtes ici : » » La virevolte, Nancy Huston ; écrit le: 9 mars 2012 par Limem

La virevolte, Nancy Huston

En arrière goût de la journée internationale de la femme, la lecture du roman de Nancy Huston intitulé « La virevolte » est rassasiante. L’auteure est connue pour être d’un militantisme ardent dans les mouvements de la femme. Ainsi, « La virevolte » entre autres décrit la vie privée d’une danseuse, ses attitudes en famille, son corps et ses secrets, et son parcours artistique.

Le roman se décompose en deux parties : La soliste, et la compagnie.


En première partie, l’auteur se focalise sur la complexité de la vie d’une artiste et plus précisément d’une danseuse à laquelle le corps constitue la matière première, ses interactions avec son mari qui sont exposées à leur état brut sans pudeur ni retenue, ses réactions vis-à-vis des appels de son corps.

L’accouchement et la grossesse représentaient pour la danseuse Lin une épreuve physique différente de toutes celles éprouvées par ses semblables. D’ailleurs, l’héroïne accomplissait dangereusement ses exercices habituels sans se soucier des douleurs atroces qui en émanaient.

Continuellement, l’auteure associe les phases cruciales de la vie de l’héroïne à ses œuvres chorégraphiques afin de monter l’interférence qui existe entre la vie intime de l’artiste et sa création artistique.

Par la suite, le cours des événements nous dévoile la relation entre la mère et ses enfants quoique cette dite relation semble faire l’exception ; Une mère artiste qui a perdu toute affection maternelle dès le bas âge ignore tout de l’éducation de ses petits et les pousse inconsciemment de surcroît dans son monde métaphysique et abstrait de la danse. Il va sans dire que l’auteure fait allusion au fait que tout artiste se trouve dans le dilemme contraignant : soit se consacrer corps et âme à son art, soit lâcher prise et se tourner vers sa vie quotidienne pour s’occuper de ceux qui l’entourent. Ceci touche à vrai dire la femme plus que l’homme puisque c’est à elle qu’incombe généralement la part la plus considérable de l’éducation spirituelle et sentimentale des enfants.

La forme du récit communique une certaine abstraction ; des paragraphes ou des phrases isolées contextuellement et de point de vu stylique. On croirait dans un premier abord que le roman a été fragmenté vu les bribes d’images peintes dans un registre simple parfois même familier.

En deuxième partie, l’auteure décrit les conséquences désastreuses du divorce qui est assez fréquent dans les milieux artistiques. Les répercussions du divorce dans ce roman se sont abattues sur les enfants. Par conséquent, l’univers pur et innocent des petits se transforme radicalement en un espace vulgaire identique à celui de leurs parents.

Le plus surprenant dans tout ça est que l’auteure a pu raconter scrupuleusement les détails d’une vie passée des deux parents (Lin la danseuse et Derek le philosophe) à travers leurs enfants. Ingénieusement, l’écrivaine a reconstitué les fragments du miroir sur lequel figure l’image des parents en attribuant les mêmes comportements et le même parcours dans la vie ; l’une des filles est artiste chevronnée comme sa mère, l’autre philosophe comme son père et ça ne s’arrête pas à ce détail puisque les attitudes les plus insignifiantes (le fait de sucer son pouce jusqu’à un âge avancé par exemple) semblent tirer leur origine d’anciennes habitudes parentales. C’est de la sorte que Nancy Huston a enseigné merveilleusement à ses lecteurs fidèles une leçon de génétique et d’hérédité.

Le lexique en seconde partie nous éloigne de plus en plus du cadre familial pour nous imprégner de danse, d’art et de philosophie sans pour autant négliger l’amour et la haine qui marquent tour à tour leur présence dans le roman.

En apparence ce roman inflige aussi une sensation de vertige due au tournoiement et à la virevolte comme son titre l’indique. Cette virevolte est l’image de la danse et de la vie et elle est explicitement claire au début du roman, implicitement exprimée dans les dernières pages.

Ce roman a mérité le prix Louis-Hémon en 1994.

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