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La culture : La fin de l’histoire

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La culture : La fin de l’histoire

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À la fin de l’histoire

Se trouve la bombe atomique : Little boy pour ses intimes, le premier objet technique que le manuel d’utilisation demande justement de ne pas utiliser. Voila la grande idée du xxesiècle. Rabelais avait cru qu’il suffisait d’associer science et conscience, Descartes de lier art et sagesse, les modernes « théorie et expérience ». Mais là, ils étaient tous balayés, anéantis : on n’avait plus besoin de leurs conseils puisque le propre de la bombe consiste à ne pas pouvoir en donner : « à utiliser avec modération » est un non-sens, « avec précaution » est fort dangereux, « en cas d’urgence » provoque ce qui doit être évitée.

Alors on inventa la politique de dissuasion, et il est étonnant de se rendre compte que ce qui fut présenté comme le résultat d’une réflexion politique internationale complexe et profonde ressemble à s’y méprendre aux stratégies des cours de récré : « m’embête pas sinon « Little boy » mon copain va venir, et « Little boy » c’est d’ia bombe ! ».

Mais il fallait encore aller plus loin, il fallait de l’amour, de l’amour fou comme le disait Kubrick en titre et sous-titre : Dr Folamour ou comment j’ai appris à aimer la bombe et à ne plus m’en faire. La nouvelle philosophie est la philotechnie, nous aimons nos objets comme autrefois nous aimions les dieux : mon portable est mon blason, mon amulette, mon Hermès portatif. Notre Histoire est devenue une histoire d’amour : j’aime tellement mon frigo, mon auto, mes machines et mes écrans que je ne pourrais m’en passer. Il ne faudrait pourtant pas que derrière ces nouvelles passions se cache comme trop souvent une ancienne illusion – la dangereuse croyance au progrès.

Alain, La ruse de l’homme, 25 mai 1921

« La route en lacets qui monte. Belle image du progrès […]. Mais pourtant elle ne me semble pas bonne ; elle date d’un temps où l’intelligence, en beaucoup, avait pris le parti d’attendre, par trop contempler. Ce que je vois de faux, en cette image, c’est cette route tracée d’avance et qui monte toujours ; cela veut dire que l’empire des sots et des violents nous pousse encore vers une plus grande perfection, quelles que soient les apparences ; et qu’en bref l’humanité marche à son destin par tous moyens, et souvent fouettée et humiliée, mais avançant toujours.

Le bon et le méchant, le sage et le fou poussent dans le même sens, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou non. Je reconnais ici le grand jeu des dieux supérieurs, qui font que tout serve leurs desseins. Mais grand merci. Je n’aimerais point cette mécanique, si j’y croyais. Tolstoï aime aussi à se connaître lui-même comme un faible atome en de grands tourbillons. Et Pangloss, avant ceux-là, louait la Providence, de ce qu’elle fait sortir un petit bien de tant de maux. Pour moi, je ne puis croire à un progrès fatal ; je ne m’y fierais point. Je vois l’homme nu et seul sur sa planète voyageuse, et faisant son destin à chaque moment ; mauvais destin s’il s’abandonne bon destin aussitôt, dès que l’homme se reprend. »

Dans ce texte qui aurait dû apprendre à toute une génération à se méfier de ceux qui affirmaient l’existence d’« un sens de l’histoire », Alain dévoile ce qui se cache derrière l’image du progrès : la croyance au Destin et à l’intervention de la Providence.

La croyance en un progrès qui s’accomplit coûte que coûte est dangereuse, non seulement parce qu’elle rend un certain nombre d’hommes victimes et impuissants, mais aussi et surtout parce qu’elle justifie tout. Dans l’image du singe qui se redresse pour devenir un homme, et dans toutes les nombreuses illustrations où l’évolution technique devient synonyme de progrès, se cache l’idée que l’histoire nous entraîne fatalement et nécessairement vers le mieux. Et voilà justifié Hiroshima et les pires génocides qui ne deviennent dans cette perspective qu’un moment d’une histoire des techniques et du Progrès.

On sent bien à lire ce texte qu’il critique, annonce et dénonce à l’avance une époque où les pires rêveurs préparent leur éloquence et les armes pour appeler à un bouleversement nécessaire dans la route vers le Progrès.

Et c’est en effet au nom « d’un progrès nécessaire de l’humanité » que seront sacrifiés et massacrés des millions d’innocents, soit pour aller vers « un Reich qui devait durer mille ans », ou « un Communisme à visage humain ». Ainsi, la plupart des monstrueuses Utopies, dont le xxe siècle fut le laboratoire, se fondèrent en partie sur la nauséabonde croyance au progrès à laquelle fut subordonné l’usage des techniques.

Car derrière l’affirmation du progrès, il y a toujours la négation de l’homme et de sa volonté. C’est bien au contraire parce que le sens de l’histoire n’est pas écrit à l’avance que l’homme doit sans cesse lutter pour s’affirmer au milieu de forces contradictoires naturelles ou humaines. En ce sens, la technique doit être seulement considérée comme le résultat de l’apprentissage des forces que l’homme, grâce à un effort continue de la volonté et de l’intelligence, peut utiliser en sa faveur.

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