La philosophie politique au miroir de l’histoire : Limites et renouvellement de la pensée marxiste

> > La philosophie politique au miroir de l’histoire : Limites et renouvellement de la pensée marxiste ; écrit le: 12 mai 2012 par chiraz modifié le 7 juillet 2018

Althusser : le projet d’une science de l’histoire

L’œuvre de Marx est-elle d’actualité ? Louis Althusser (1918- 1990), philosophe marxiste et partisan engagé au Parti communiste français, le soutient. Il étudie avec Bachelard et enseignera à l’École normale supérieure, me d’Ulm à Paris. Althusser s’engage dans une lecture scientifique de Marx. Citons Pour Marx (1965), Lire le Capital (1965) et L’avenir dure longtemps (autobiographie écrite après le meurtre de sa femme et son internement psychiatrique). Il a contribué à développer l’incidence de la pensée- marxiste dans la philosophie politique française.

Althusser propose d’articuler l’œuvre de Marx en deux périodes que séparent une coupure épistémologique. Après une première période humaniste, Marx deviendrait enfin scientifique en 1847 avec la publication du Capital. Althusser emprunte également au structuralisme, l’idée que la structure prime sur la conscience des individus concrets. Autrement dit, la compréhension de la vie sociale et politique requiert de saisir la structure qui l’anime. Or cette structure, selon Le Capital, est essentiellement économique. Ce sont les rapports qu’entretiennent les travailleurs aux moyens de production. D’autre part la lutte des classes détermine le mouvement de l’histoire. À contre-courant des lectures habituelles qui sont faites de Marx, Althusser insiste sur le caractère scientifique du Capital. Être marxiste, c’est chercher à comprendre les structures sociales et économiques qui déterminent le mouvement de l’histoire, afin de pouvoir les modifier.

Une telle lecture de l’œuvre de Marx reste marquée par le projet d’une science de l’histoire, d’une compréhension des événements politiques à partir d’une causalité matérielle (économique) et selon me dialectique (la lutte des classes) qui, précisément, oblitère la dimension strictement politique des phénomènes à expliquer. Elle échoue notamment à comprendre la spécificité des régimes totalitaires. Il faut sans doute se tourner vers des œuvres comme celles le Cornélius Castoriadis (1922-1997 ; L’Institution imaginaire de a société, 1975), de Claude Lefort (né en 1924 ; L’Invention démocratique, 1981 ; Essais sur le politique, 1986) ou Étienne Balibar né en 1942) qui pensent “après” le marxisme la possibilité de l’émancipation politique à partir de la démocratie.

L’École de Francfort : la théorie d’une nouvelle émancipation politique

La critique de la philosophie de l’histoire diminua le courant marxiste sans l’éteindre. Il reste vivace pendant tout le XXe siècle sous des formes très différentes. Ainsi, l’École de Francfort propose un marxisme non dogmatique qui vise à comprendre la domination politique autoritaire en vue de penser l’émancipation des individus.

Fondée par Theodor Adorno (1903-1969. Éclipse de la raison, 1947) et Max Horkheimer (1895-1973), l’École de Francfort a réuni des auteurs comme Walter Benjamin (1892-1940. L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1936 ; Thèses sur le concept d’histoire, 1939) et Herbert Marcuse (1898-1979. L’Homme unidimensionnel, 1964 ; Éros et Civilisation, 1968) de 1920 aux années 1970. L’Institut de recherches sociales fut créé en 1923. Après la disparition de ses deux fondateurs, Habermas ou Axel Honneth (né en 1949. La Société du mépris, 2006) proposeront des développements inédits. L’originalité de cet institut de recherche se situe dans sa pluridisciplinarité (convoquant la philosophie et la sociologie) et l’orientation politique marxiste assumée.

Horkheimer propose ainsi une théorie critique de la société qu’il oppose à la théorie traditionnelle (Horkheimer, Théorie traditionnelle et théorie critique, 1937), qui n’interroge pas son inscription sociale et présente ses résultats comme désintéressés et neutres, comme des vérités objectives qui sont en fait commandées de l’extérieur par des intérêts et la position sociale du savant. Dans une telle théorie idéaliste, la raison se laisse instrumentaliser. La théorie critique a pour but de redresser cette raison instrumentale et de proposer une analyse de la société capitaliste clairement ordonnée à un projet d’une émancipation politique.

négative, 1966), et intégrer le fait que le projet d’une rationalisation de la société accomplie à partir de Marx ait pu se retourner, dans le stalinisme, en un régime totalitaire, et que la culture des Lumières se soit transformée en barbarie. La raison et la culture occidentales sont ainsi directement incriminées.

Il ne peut plus s’agir de corriger la raison mais de reconnaître la possibilité qu’elle recèle de se mettre au service de la déraison politique idéologie, mythes qui peut mobiliser les moyens de la rationalité technique pour organiser le meurtre de masse.

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