Le sens de la guerre : La moralisation de la gerre ( le jus in bello )

> > Le sens de la guerre : La moralisation de la gerre ( le jus in bello ) ; écrit le: 28 janvier 2014 par imen

Le jus ad bellum détermine les conditions de l’entrée en guerre, le jus in bello, celles de la conduite de la guerre. L’expression de « loi de la guerre » y renvoie.

Il est exceptionnel, dans l’Histoire, qu’un belligérant soit allé jusqu’au bout de sa puissance  ; et lorsqu’il le fait, c’est de ma­nière ponctuelle, non durable. Une violence collective peut ex­ploser, elle n’en reste pas moins contenue dans certaines limites – lesquelles, évidemment, varient en fonction des époques et des cultures. C’est en ce sens qu’il convient de comprendre la thèse défendue par Michel Serres selon laquelle la guerre est un moyen d’échapper à la violence infinie .

Les peuples primitifs observent d’ordinaire de rigoureuses formalités lorsqu’ils entreprennent une guerre. Même lorsqu’elle n’a pas la forme rituelle évoquée plus haut , la guerre tradition­nelle est toujours autolimitée – et ce seul fait nous interdit d’interpréter l’histoire de la guerre comme un processus continu vers le droit de la guerre. Chez les peuples primitifs, la place de la guerre est ménagée de telle sorte qu’elle ne perturbe pas trop gravement la vie des groupes concernés. A cette exigence répond,par exemple, la division de l’année en une période d’exploitation des ressources naturelles et une période consacrée à la guerre et aux manifestations religieuses, ou encore le maintien de relations dechange entre les groupes qui s’affrontent. Les formes de conduite effective de la guerre peuvent aller de réactivations périodiques de conflits inexpiables entre ennemis héréditaires à «les modalités quasiment ludiques de combat, que prolongent parfois des simulacres comme la « petite guerre » que se font des I ri bus d’indiens d’Amérique du Nord ou en Afrique les tournois de lutte entre villages. L’alternance régulière de la guerre et de la paix est souvent l’effet de contraintes inhérentes à l’organisation sociale des protagonistes. Ainsi, dans certaines sociétés pastorales de l’Est africain, le vol de bétail est la principale cause de guerre entre tribus parce qu’il est le seul moyen pour un homme jeune de se procurer les richesses sans lesquelles il ne pourrait obtenir une femme ; simultanément, en participant à une opération de razzia, le jeune homme acquiert le statut de guerrier, emblématique de son groupe d’âge. La codification du déroulement de la guerre fait généralement l’objet d’un consen­sus entre adversaires effectifs ou potentiels : la durée (une seule journée parfois) comme le lieu de l’affrontement peuvent être déterminés par la coutume ; un nombre de morts jugé admissible par les parties en présence peut être défini, la guerre cessant automatiquement lorsque le chiffre limite est atteint ; des règles strictes peuvent assurer la protection des habitations, des récol­tes, du bétail, des femmes et des autres non-combattants ; le sort fait aux prisonniers et aux blessés sera le même des deux côtés.

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La constitution des grands empires guerriers dans l’Antiquité va coïncider avec une brutalisation rapide des conditions de la guerre. La cruauté la plus barbare est même souvent exaltée par les chefs car elle apparaît comme l’expression d’une puissance divine. Dans une inscription qu’il fit graver à la suite de l’une de ses campagnes, Assurbanipal, empereur d’Assyrie, proclame à propos de ses ennemis vaincus : « Je les jetais dans le fossé, je coupais leurs membres, je les livrais en pâture aux chiens, aux bêtes fauves, aux oiseaux de proie, aux animaux du ciel et des

eaux. En accomplissant ces choses, j’ai réjoui le cœur des grands Dieux, des Seigneurs… ».

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La guerre antique ne va pas sans terreur. L’adage latin « Vae victis », « Malheur aux vaincus ! », exprime de manière concise une radicale absence de droit des victimes. Chez les Romains, le massacre des vaincus et la vente des survivants comme esclaves étaient la règle.

C’est dans les autres civilisations, en Inde, et surtout en Chine que l’on peut repérer les formes les plus anciennes de droit écrit de la guerre. Selon les Lois de Manou, le système écrit (en sanskrit) de lois de l’Inde ancienne, la bataille idéale est un gigantesque tournoi soumis à une multitude de règles : le fan­tassin ne pouvait combattre que le fantassin, un guerrier com­battant sur un char ne devait pas frapper un fantassin, un ennemi en fuite, blessé, ayant perdu ses armes et demandant quartier ne devait pas être abattu, l’emploi d’armes empoison­nées était interdit, le massacre des prisonniers sévèrement condamné , etc .

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