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Le pacifisme : L’essence de la paix

Vous êtes ici : » » Le pacifisme : L’essence de la paix ; écrit le: 28 janvier 2014 par imen

L’allégorie classique de la Faix représente celle-ci sous les traits d’une jeune femme à l’air calme et majestueux ceinte d’une couronne d’olivier et foulant aux pieds des armes brisées, symboles de guerre défaite. Le terme de paix désigne à la fois un acte politique qui met fin à un état de guerre (« la paix de Til- sit ») et une situation de non-guerre (depuis 1962, date de la fin de la guerre d’Algérie, la France vit en paix). Si l’on considère la paix comme absence de guerre, donc comme une notion dérivée, son sens variera avec celui qui sera accordé à la guerre. Ainsi pour Platon la paix n’est pas tant le contraire de la guerre qui oppose le même à l’autre, la cité à la cité étrangère, que le contraire de la discorde qui oppose le même au même, une partie de la cité à l’autre partie.

L’absence de guerre suffit-elle à définir la paix ? Selon saint Augustin, la véritable paix ne consiste pas seulement dans l’absence de lutte armée, mais dans la concorde qui est la « tran­quillité de l’ordre». La paix, dira pareillement Spinoza, n’est pas une simple absence de guerre : elle est une vertu qui a pour nom concorde.

Il n’y aurait pas de paix sans la guerre : la non-guerre n’est pas la paix. C’est l’idée incarnée par la déesse Athéna, déesse guerrière pourvue du casque et du glaive mais aussi déesse civilisatrice et pacifique dont l’olivier était le symbole. Seule­ment l’absence de guerre ne correspond pas nécessairement à une absence de conflit. Nous n’appellerions pas « paix » une situation très troublée même si aucune guerre déclarée n’a lieu. La coexistence pacifique qui durant la guerre froide désignait la dimension positive de « 1 équilibre de la terreur » n’était pas un état réel de paix bien qu’aucune guerre mondiale n’eût alors éclaté.

L’espace symbolique qui va de la guerre à la paix (ou, en sens inverse, de la paix à la guerre) peut être occupé par tout un ensemble d’états dont la trêve et l’armistice sont les plus con­nus. La trêve est une pause, un état de suspension provisoire et connu comme tel par les belligérants. Elle constitue une paren­thèse qui rompt pour un temps déterminé (tel est le cas de la fameuse « trêve de Dieu » au Moyen Age) ou pas la trame des combats. Elle n’est donc pas à mettre au compte de la paix même si elle a avec elle cela de commun de faire taire les armes.

Bien que n’étant pas, elle non plus, la paix, l’armistice fait si­gne en sa direction. Il suspend, comme la trêve, les hostilités mais, à la différence de la trêve, il comprend en lui l’espérance qu’elles ne reprendront pas. Normalement, l’armistice débouche sur le traité de paix, lequel proclame solennellement une paix pensée comme indéfinie dans le temps (tel fut le cas de l’armis­tice du 11 novembre 1918 – lequel mit effectivement fin à la Grande Guerre). Un armistice peut être violé mais cette rupture n’a pas la gravité de l’action qui peut déchirer un traité de paix.


Certes, nous mettrons sur le compte de la propagande les dis­cours de paix que les guerriers tiennent tous depuis deux siècles (combien d’entreprises violentes, agressives, voire annexionnis­tes, ont été baptisées « opérations de pacification » !) ; cela dit, la paix véritable est un état actif qui fuit l’inertie au moins autant <iue la guerre. Souvent, la paix véritable a été pensée et réalisée comme paix armée : cette paix vigilante jusqu’à être armée a été symbolisée elle aussi par la figure de la déesse Athéna, guerrière sortie avec glaive et casque de la tête de Zeus son père, mais dont l’olivier était aussi l’emblème.

Le terme latin pax, d’où vient notre mot « paix », est dérivé du verbe pangere qui signifie enfoncer, planter, établir solidement, d’où le sens de promettre. L’idée centrale est celle de stabilité – que l’on retrouve dans le terme voisin de pacte. Une valeur analogue est incluse dans le terme grec eïrênê, la paix, qui dérive d’eïrô, s’engager, tenir parole. Alors qu’on «fait» la guerre, on institue la paix. Autre dissymétrie, évidemment plus lourde de conséquences : à la différence de la guerre qui peut être enclen­chée par une seule puissance, la paix exige une double volonté pour être établie. On ne fait pas la paix tout seul .

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