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La question de la guerre

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la guerreLa question de la guerre juste existe implicitement dans tou­tes les cultures. Dans l’Inde ancienne, la guerre n’est pas simplement un moyen de parvenir à une certaine fin, elle fait partie du dharma même du guerrier. Dès son accession au trône, un roi en tant que kshatrya, se doit d’attaquer ses voisins. Aristote déclare « juste par nature » la guerre (assimilée à une chasse) menée pour capturer ceux qui « étant nés pour être commandés, n’y consentent pas3 ». Autrement dit, l’esclavage (compris par Aristote comme un fait naturel, et non comme une institution) justifie la guerre. Chez les Romains, il existait deux motifs de guerre juste : se défendre d’une agression portée contre soi- même ou les alliés, et se venger d’un manquement au droit. En cette époque où le rituel englobait le droit, pas question de faire la guerre sans l’accord des dieux. Aussi y avait-il à Rome un collège spécial de prêtres, les féciaux, qui veillait à la stricte application des rites. Une guerre devait être déclarée selon les rites, et du moment qu’elle l’était, elle était réputée juste ; peu importaient alors son objet et son enjeu. Si les formes de la déclaration de guerre étaient scrupuleusement respectées, la guerre était juste. Sinon, l’inobservation des rites en faisait l’injustice : la guerre était alors considérée comme néfaste et vouée à l’insuccès et au malheur .

Inspiré par le rationalisme universaliste stoïcien, Cicéron jus­tifie la guerre mais comme une nécessité de dernière instance. Si la guerre doit être entreprise, qu’on ne puisse voir en elle autre chose que la recherche de la paix – cette idée cheminera jusque dans la théorie pacifiste de Kant.

Il  faudra attendre trois bons siècles après sa naissance pour voir apparaître, au sein de la pensée chrétienne originellement et radicalement non violente, une théorie de la justification de la guerre. Origène demandait encore aux chrétiens de ne jamais faire couler le sang, ce qui lui vaudra l’accusation d’hérésie. Saint Ambroise, évêque de Milan, fut le premier des Pères de l’Église à justifier la guerre menée pour la défense de la patrie contre les barbares et de la société contre les brigands. Il n’est pas excessif de prétendre qu’il fut l’apôtre d’une certaine chris­tianisation de la guerre à une époque où celle-ci était menée essentiellement contre les barbares ariens. Faisant allusion à la substitution par Constantin , après 317, du labarum marqué des deux initiales entrelacées du mot grec Christos à l’aigle romaine, et dans un contexte qui est déjà celui de la guerre sainte, Ambroise écrit : « Convertis, Seigneur, et dresse les étendards vers ta foi. Voici que ce ne sont point des aigles militaires, ni le vol des oiseaux qui conduisent l’armée, mais, Seigneur Jésus, ton nom et le culte qu’on te rend ! » .

Dans l’histoire de la pensée chrétienne, c’est saint Augustin qui se distinguera de la patristique des origines en développant toute une justification de la guerre. L’idée fondatrice est que la guerre est une conséquence du péché originel, donc un signe de déchéance , mais aussi, en même temps, un remède au péché. La paix, le Souverain Bien, ne peut se trouver ici-bas : le salut est un objet d’espoir et de patience, la concorde parfaite n’existe que dans le monde céleste, « la paix de la cité céleste, c’est l’ordre et la concorde, une société dans la jouissance de Dieu, dans la jouissance mutuelle de tous en Dieu ». Selon saint Augustin, la véritable paix considérée comme Souverain Bien, est la Paix céleste. L’idée selon laquelle la paix complète est impossible sur cette terre pèsera d’un poids très lourd sur la pensée médiévale : le magnifique espoir exprimé par le prophète Isaïe de voir les épées se transformer en socs de charrue ne sera désormais plus partagé par quiconque. Certes, saint Augustin, tout comme saint Ambroise, et conformément aux paroles de l’Évangile, soutenait qu’on ne doit pas se défendre pour son propre compte contre la violence mais qu’on peut avoir le devoir de défendre l’innocent. C’est pourquoi le sage, selon lui, peut mener une guerre juste . Par ailleurs, si saint Augustin justifie la nécessité tragique de la guerre, c’est qu’il est convaincu que l’injustice est pire que la mort .

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