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De la guerre totale : Le terrorisme

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Le terrorismeLe terrorisme, même sous sa forme exacerbée d’hyper terrorisme, est-il une forme de guerre ? Cette qualification a des implications importantes du point de vue politique et juridique, et pas seulement philosophique : un des avantages de la qualifi­cation de la lutte antiterroriste en « guerre » est que les lois de la guerre autorisent à tirer à vue ou à détenir un ennemi jusqu’à la fin des hostilités, laquelle pourrait dans ce cas être repoussée à l’infini.

Une autre différence capitale entre la guerre classique et le terrorisme moderne tient à l’importance accrue du système de représentation (l’ensemble des moyens d’information de masse) aux dépens de la réalité objective, physique. La quasi-totalité des guerres du passé n’ont existé que pour ceux qui y ont parti­cipé, et à travers les quelques rares récits qui en étaient faits. Le terrorisme contemporain, de son côté, est à ce point inséparable des images diffusées que celles-ci peuvent en être la cause finale. D’où l’extraordinaire distorsion entre l’impact psychologique des attentats et la modestie de leur destruction.

Ainsi les « états de violence », pour reprendre l’expression uti­lisée par Frédéric Gros, succéderaient aux classiques états de guerre. Le politologue allemand Herfield Münkler parle dans Les Guerres nouvelles de ces « guerres sans nom » qui gangrè­nent des populations oubliées et ont la particularité de n’en plus finir et de se propager dans des zones de plus en plus vastes comme s’il s’agissait d’épidémies contagieuses. On assiste à une désétatisation et à une dépolitisation de la guerre, corollaires d’une militarisation de la criminalité. Dans ces guerres nouvel­les, les États, qui traditionnellement détenaient le monopole de la guerre, ont abdiqué, laissant de plus en plus souvent la place à des acteurs para-étatiques, parfois même privés, qui vont des chefs de guerre locaux, guérilleros ou mercenaires, jusqu’aux réseaux terroristes qui opèrent dans le monde entier et pour qui la guerre est devenue une activité durable, une entreprise ren­table au sens économique du terme où se mêlent trafic d’in­fluence, trafic de drogue, trafic d’armes, racket et traite d’êtres humains. Ces activités bénéficient volontiers des soutiens finan­ciers d’États ou de sociétés multinationales, voire d’organisa­tions internationales à qui sont vendus des droits de prospection et de forage ou simplement garanties des conditions de travail relativement pacifiques. Ces guerres sont évidemment le pro­duit direct de la misère ; on ne sera pas dès lors étonné d’ap­prendre que l’Afrique en est le théâtre privilégié.

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