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L’étiologie de la guerre : L’instinct belliqueux

Vous êtes ici : » » L’étiologie de la guerre : L’instinct belliqueux ; écrit le: 25 janvier 2014 par imen

L’idée selon laquelle la guerre serait un fait naturel, instinc­tif, est lourde de conséquences. Hitler disait de la guerre quelle est l’état naturel de l’homme. De toutes les causes invoquées, le caractère prétendument naturel ou instinctif de la guerre est celle qui confond le plus sûrement l’explication et la justifica­tion ; il prescrit sous couvert de décrire. Si la guerre est natu­relle, alors elle est universelle et nécessaire, normale, et même juste, et le pacifisme n’est plus qu’une rêverie d’utopiste vouée d’avance à l’échec. Dénonçant l’illusion du pacifisme, Ernst Jünger dit que « la guerre n’est pas instituée par l’homme, pas plus que l’instinct sexuel ; elle est loi de nature, c’est pourquoi nous ne pourrons jamais nous soustraire à son empire ». Lors­que des guerres s’achèvent sur un carnage (et l’histoire passée nous donne de nombreux exemples de ce processus), on peut se demander si celui-ci n’est pas le but effectif de celles-là.

Trois arguments sont présentés à l’appui de cette thèse du caractère naturel (instinctif) de la guerre : la constance histori­que du phénomène (les hommes se sont toujours fait la guerre) ; la présence de la guerre dans le monde animal dont l’homme, malgré sa pensée et sa culture, est censé faire toujours partie ; l’existence permanente de la guerre dans les sociétés dites primitives considérées comme exprimant l’essence profonde de la nature humaine.La question de la constance historique de la guerre sera abor­dée plus bas. Dans ce chapitre ne seront traitées que « l’animali­té » et la « primitivité » de la guerre.

Les luttes qui déchirent le monde animal sont volontiers qua­lifiées de « guerres » et la « lutte pour la vie » a été par les dar­winiens interprétée en termes guerriers. Une multitude d’observations empiriques confortent ce schéma : la rivalité entre animaux se présente souvent sous une forme violente, le vainqueur dis­pose de son butin (nourriture, femelle…), le vaincu est condamné à périr. L’un des fondateurs de l’éthologie, Konrad Lorenz, a tenté de dégager dans son ouvrage L’Agression. Une histoire naturelle du mal les racines biologiques des conflits humains en recourant à la méthode comparative : entre le comportement animal et le comportement humain, il n’y a pas de différence de nature, mais de degré. L’agressivité est présentée comme la cause originelle et élémentaire qui entraîne l’apparition des conflits humains. Comme chez les animaux, cette agressivité se manifeste par la compétition entre les groupes ou les individus qui luttent pour acquérir ou conserver les femelles, les territoi­res, et les biens. Les tentatives d’appropriation par un individu ou un groupe des biens et de l’espace d’autrui sont autant de stimuli qui déclenchent l’agressivité . Celle-ci est une option prise par l’évolution pour optimiser la survie des groupes sociaux. Les écologistes les plus radicaux, pratiquant un réductionnisme biologique complet, iront jusqu’à soutenir que l’homme sera toujours mû par un instinct agressif qui se manifeste dans le meilleur des cas sous la forme de bagarres et dans le pire sous la forme de conflit armé. Chaque individu est doué naturellement d’une certaine agressivité qui trouve matière à s’exprimer dans tous les phénomènes de groupe. La guerre est la manifestation paroxystique d’un instinct agressif qui serait toujours en som­meil pendant les périodes de paix et ne demanderait qu’à se manifester .

Or, loin de déchirer la société, l’agressivité, selon Lorenz, en établit et consolide l’ordre. Ainsi, chez les animaux de bassecour, le pecking order constitue-t-il la hiérarchie, par ordre décroissant, des agressivités naturelles .


Plus important encore est le rôle d’un mécanisme, véritable ruse de la nature, que Lorenz appelle redirection. Celle-ci constitue un véritable transfert dans l’objet de l’agressivité ; suscitée par le partenaire sexuel, l’agressivité lui passe en quelque sorte par-dessus la tête pour se porter sur le voisin. Au fil des millé­naires, cette conduite devient une habitude, puis une sorte de rite sous-tendu par un instinct et dont le contenu se modifie dans la mesure de cette ritualisation : la simple répétition pro­voque une mutation fonctionnelle qui est une mutation de signi­fication. La conduite originairement agressive qui continue à signifier hostilité à l’égard du voisin territorial devient symbole d’amitié à l’égard du partenaire sexuel, symbole d’unité du couple contre les autres. L’agressivité est devenue langage et ciment d’harmonie, elle est à l’origine des liens interindividuels.

C’est ici qu’il faut repérer le principe des sociétés closes : l’a­gressivité est la racine de l’union mais dans la mesure où elle est dirigée en commun

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