L’essence de la guerre : Le conflit global

> > L’essence de la guerre : Le conflit global ; écrit le: 25 janvier 2014 par imen

Les sociétés anciennes et traditionnelles donnaient un sens cosmique (et non exclusivement humain) à la guerre. Pour elles, ce jeu violent mettait en relation des forces qui dépassaient de beaucoup celles des corps et des esprits des hommes. C’est pour­quoi, dans toutes les épopées, les guerres humaines sont dou­blées par des guerres entre les dieux ou bien entre les forces et éléments de l’univers. Ce caractère de totalité attaché à la guerre peut se repérer à plusieurs niveaux. Les armes, tout d’abord, étaient mises en correspondance symbolique avec les quatre éléments du cosmos : le javelot ou la fronde, avec l’élément air ; la lance, avec l’élément terre ; le glaive, avec l’élément feu ; le trident, avec l’élément eau. Les armes étaient également rap­portées aux fonctions sociales : la masse, le bâton et le fouet étaient les attributs de la souveraineté ; la lance, le glaive, l’arc et la flèche, les attributs du guerrier ; la foudre, ceux de la divi­nité suprême dont le prêtre est le représentant.

Par sa forme, l’arme pouvait symboliser directement la totali­té cosmique. Tel était est le cas du bouclier qui, par-delà sa fonction défensive et la force propre que lui assuraient les matériaux dont il était constitué (métal, cuir…), représentait, par sa forme ronde, l’univers, comme si le guerrier qui le portait opposait le cosmos à son adversaire et comme si les coups de celui-ci frappaient bien au-delà du combattant qui se trouvait en face de lui et atteignaient la réalité même ici figurée.

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C’est, bien entendu, à une autre totalité que la guerre mo­derne (ou la guerre vue par les modernes) renvoie. On peut, pour la désigner, reprendre l’expression que Marcel Mauss a intro­duite pour parler du don : fait social total. La guerre, en effet, ne met pas seulement en jeu des forces et des facteurs physiques, matériels. Elle possède une dimension morale, psychologique, et dans la plupart des sociétés, elle est conjointement de nature politique et religieuse, économique et culturelle. Le caractère global de la guerre n’est ni plus ni moins marqué à l’époque contemporaine que jadis, seulement il l’est autrement.

Clausewitz appelait friction l’écart qui sépare le concept pur de la guerre de ses réalisations empiriques, soumises à toute une série de contraintes et de difficultés imprévues. On peut, à partir des éléments mentionnés ci-dessus, proposer la définition sui­vante : la guerre est une lutte armée, sanglante et destructrice, entre deux groupes humains organisés

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