Mouvement littéraire le nouveau roman

Le Nouveau Roman est un mouvement littéraire français qui s’est affirmé des années 1950 aux années 1970, autour d’écrivains publiés pour la plupart par les Éditions de Minuit. Ces auteurs rejetaient les conventions du roman traditionnel, hérité du XIXe siècle : intrigue suivie, personnages au caractère bien dessiné, narrateur qui sait tout. Plutôt qu’une école dotée d’une doctrine commune, il s’agit d’un ensemble de recherches parallèles sur ce que le roman peut encore raconter.
L’origine du nom
L’expression a d’abord été employée dans un sens critique. Le 22 mai 1957, le critique Émile Henriot l’utilise dans un article du journal Le Monde consacré à La Jalousie d’Alain Robbe-Grillet et à Tropismes de Nathalie Sarraute. Les revues littéraires reprennent rapidement le terme, et Alain Robbe-Grillet, alors conseiller littéraire aux Éditions de Minuit dirigées par Jérôme Lindon, s’en empare pour défendre les auteurs qu’il réunit autour de lui. Il en fait un étendard avec son recueil d’essais Pour un nouveau roman, paru en 1963.
Les principaux auteurs
- Alain Robbe-Grillet : Les Gommes (1953), Le Voyeur (1955), La Jalousie (1957) ;
- Nathalie Sarraute : Tropismes, et l’essai L’Ère du soupçon (1956), souvent considéré comme un texte fondateur ;
- Michel Butor : La Modification (1957), écrit à la deuxième personne du pluriel ;
- Claude Simon : La Route des Flandres (1960), prix Nobel de littérature en 1985 ;
- d’autres écrivains y sont souvent associés, comme Robert Pinget, Claude Ollier, Marguerite Duras ou Samuel Beckett, sans que tous se soient reconnus dans l’étiquette.
Une nouveauté par rapport au roman classique
Les auteurs du Nouveau Roman partagent quelques refus et quelques pistes :
- le personnage perd sa place centrale : il n’a parfois ni nom complet, ni passé, ni psychologie expliquée ;
- l’intrigue se défait : la chronologie est brouillée, les scènes se répètent avec des variantes, la fin reste ouverte ;
- la description devient minutieuse, presque géométrique chez Robbe-Grillet, au point que les objets occupent le premier plan ;
- la perception et la conscience priment : Nathalie Sarraute explore les « tropismes », ces mouvements intérieurs à peine perceptibles qui précèdent la parole ;
- le lecteur est sollicité : c’est à lui de reconstruire le sens à partir d’indices.
Réception et postérité
Le mouvement a suscité de vifs débats : ses détracteurs lui reprochaient un roman sans histoire et difficile d’accès, ses défenseurs y voyaient un renouvellement nécessaire du genre. Un colloque organisé à Cerisy-la-Salle en 1971 a marqué un moment de bilan. Par la suite, Jean Ricardou a théorisé un prolongement parfois appelé « Nouveau Nouveau Roman ». L’influence du mouvement se retrouve dans la critique littéraire, dans l’enseignement du roman et jusqu’au cinéma : Alain Robbe-Grillet a écrit le scénario de L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais, et Marguerite Duras celui de Hiroshima mon amour.

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