L’évolution de la guerre : L’armement

> > L’évolution de la guerre : L’armement ; écrit le: 27 janvier 2014 par imen

A la différence des animaux qui combattent avec leurs corps seuls, les hommes, dépourvus d’armes naturelles (voir le mythe de Prométhée) doivent inventer des substituts et des prothèses pour augmenter les maigres forces que l’évolution naturelle leur a accordées. Les armes sont en effet de type « prothétique » (une armure est une peau de métal) ou substitutif (la bombe remplace le poing et les ongles).

L’histoire de la guerre suit celle de l’armement, laquelle fait partie du mouvement général des techniques, et comme les plus puissantes des techniques ont un impact politique et psychologi­que, les armes dans leur évolution progressive bouleverseront les contextes de vie collective et personnelle. A partir du XVIIIe siècle avant Jésus-Christ, le cheval et le char étendent le champ d’action des armes. Ils caractérisent les premiers empires (l’Egypte, la Chine, l’Assyrie) – vastes structures politiquement centralisées et socialement différenciées (l’usage du char impli­que, en effet, l’existence d’une caste militaire). Pendant les 3 000 ans qui s’écoulent entre la première utilisation du cheval sur les champs de bataille et l’invention des armes à feu, aucune inno­vation technique n’exercera une influence décisive sur l’art de la guerre si l’on excepte l’apparition, au Moyen Age, de la selle et des étriers venus d’Asie et qui changea notablement la façon de guerroyer en Europe.

Les armes font et défont les empires. Elles les maintiennent aussi en vie. Byzance dut de survivre presque un millénaire à l’Empire romain et de résister (jusqu’en 1452) à l’invasion mu­sulmane à une invention technique dont elle garda le secret et le monopole huit siècles durant : une sorte de poix enflammée faite d’un mélange de bitume, de salpêtre, de soufre et de résine et qui avait la propriété d’adhérer sur la surface où elle était lancée (corps des assaillants, coques des navires, boucliers, ponts, etc.). Ce « feu grégeois » (c’est ainsi qu’on l’appellera) qui ne pouvait être éteint par l’eau, a consumé des flottes entières.

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Après la domestication et l’introduction du cheval, l’arme à feu est la seconde grande innovation dans l’histoire matérielle de la guerre. Elle mit fin à la fois aux invasions mongoles et à la chevalerie. Elle assura aux Européens la domination du monde. Elle anéantit des civilisations et massacra des peuples entiers.

L’histoire de l’armement est celle d’un progrès à la fois quan­titatif et qualitatif. Une arme nouvelle n’est pas seulement plus puissante que celle qu’elle remplace. Elle modifie de fond en comble le contexte spatio-temporel ainsi que les relations entre les combattants. Jusqu’à l’apparition des armes à feu, les guer­riers devaient se heurter physiquement : les armes de jet (flè­ches et javelots) n’empêchaient pas les guerriers de se voir. Avec les armes à feu, la distance se creuse. Les armes du XXe siècle (boulets tirés à partir de canons de plus en plus puissants, bom­bes lancées depuis des avions de chasse, missiles…) rendent l’adversaire invisible.

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Certes, on peut mettre l’accent sur la continuité plutôt que sur les ruptures : le char (qui a gardé le nom ancien jusqu’à ce que l’anglais

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