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La culture :Le début de l’histoire

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La culture :Le début de l’histoire
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La littérature et le cinéma ont depuis longtemps déjà mêlé le monde des désirs et des fantasmes au monde de la technique et des technologies. Nous aimons nous regarder et nous imaginer de plus en plus évolués et entourés de techniques puissantes et bienfaisantes. Pourtant, la plupart des œuvres qui ont bercé et nourri l’imagination des plus anciens ou des plus jeunes – de Frankenstein au Meilleur des mondes, De L’Eve future à Métropolis, de / 984 à Matrix- avait toutes un point commun : elles nous mettaient en garde contre un monde de plus en plus artificiel peuplé d’êtres de moins en moins humains. Il s’agit donc de reprendre et de comprendre l’histoire de la technique, des mythes et des réalités qui l’entourent pour espérer enfin savoir si le « Progrès » est à souhaiter ou à fuir tant qu’il est temps.

 Le début de l’histoire

Les hypothèses et les mythes sont nombreux au sujet de l’apparition des premiers outils et de l’émergence des premières techniques. L’un des plus pertinents, autant d’un point de vue anthropologique que philosophique, semble être le mythe de Prométhée rapporté par Platon dans le Protagoras.

Mais avant de soulever le voile sur l’histoire, arrêtons-nous sur un certain nombre de faits au sujet des outils et des techniques utilisés par l’homme. Le premier est un fait distinctif : s’il est possible d’affirmer que certains animaux utilisent des outils et des techniques, comme l’oiseau bâtissant son nid, ou le castor établissant un barrage, force est de constater que les animaux, aussi parfaits soient-ils, ne se promènent pas avec des outils mais seulement avec leurs organes. Utiliser, ou inventer un outil, consiste à prendre ou à transformer un élément naturel pour s’en servir contre un autre élément de la nature : prendre une pierre par exemple pour briser une noix ; ou encore tailler un silex pour découper une peau. Si nous comparons l’homme aux autres animaux, la différence saute aux yeux : l’homme est recouvert par ses outils et ses techniques de la tête aux pieds : vêtements, lunettes, stylo, briquet pour les uns, couteaux suisses pour les autres, portables pour tout le monde, et carte de crédit au cas où.

Nous pouvons déduirë’d^ cette attitude spécifiquement humaine un développement important de la conscience finaliste lié à l’usage des outils et des techniques ; Car, en effet, conserver sans cesse un certain nombre d’outils avec soi suppose d’avoir conscience qu’ils pourront de multiples fois être utilisés par rapport à des buts ou des besoins déterminés à l’avance. En ce sens, et c’est un fait, l’outil et plus généralement la technique sont la marque d’une conscience réflexive. On comprend alors l’enthousiasme des savants lorsqu’ils découvrirent au début du siècle précédent des restes d’outils près de fossiles ressemblants à des primates car ils étaient le signe des débuts de l’humanité. On imagine du même coup l’importance qu’aurait la découverte d’un autre animal conservant des outils avec soi (et d’abord peut-être de la façon la plus simple en se recouvrant simplement de vêtements).

Dans 2001, Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick lie l’apparition de l’intelligence (sous la forme symbolique d’un monolithe noir) à l’invention de l’outil. Un long plan séquence dévoile des hominidés qui ne se distinguent des autres primates que par la présence à leur côté d’un outil primitif formé par un os. Le plan suivant est resté célèbre et reste le raccourci le plus saisissant de toute l’histoire du cinéma : un des hominidés se redresse et jette vers le ciel son os-outil qui l’atteint sous forme de vaisseau spatial. Mais ce prodigieux bond dans le temps est toutefois pertinent, car la différence fondamentale entre l’homme et les animaux ne réside pas dans l’évolution de ses techniques et de ses outils mais dans le fait de les garder et de les transmettre au sein de l’humanité. Survivant principalement grâce à ses organes naturels – griffe, croc, fourrure -, l’animal se caractérise essentiellement par l’hérédité et l’instinct. Ne pouvant vivre sans ses techniques et ses multiples organes artificiels, l’homme se caractérise par l’héritage et la conscience. Cela étant dit, écoutons le mythe de Prométhée.

Platon, Protagoras, 320c-321d, lA siècle av. J.-C.

« PROTAGORAS. -[...] Il y a eu un temps où les dieux existaient seuls, et où il n’y avait encore aucun être mortel. Lorsque le temps destiné à la création de ces derniers fut venu, les dieux les formèrent dans les entrailles de la terre, en mêlant ensemble la terre et le feu et les deux autres éléments qui entrent dans la composition de ces deux premiers éléments. Mais avant que de les laisser paraître à la lumière, ils ordonnèrent à Prométhée et à Epiméthée  de les orner et de leur distribuer toutes les qualités convenables. Epiméthée pria Prométhée de permettre qu’il fît seul cette distribution, à condition, dit-il, que tu l’examineras quand je l’aurai faite. Prométhée y consentit. Voilà donc Epiméthée en fonction. Il distribue aux uns la force sans la vitesse, et aux autres la vitesse sans la force. Il donne des armes naturelles à ceux-ci ; et à ceux-là il leur refuse des armes, mais il leur donne d’autres moyens de se conserver et de se garantir. À ceux à qui il donne la petitesse de corps, il assigne les antres, les souterrains pour retraite, ou, en leur donnant des ailes, il leur montre leur asile dans les cieux. A ceux à qui il donne la grandeur en partage, cette grandeur suffit à leur conservation. Il acheva ainsi sa distribution avec le plus d’égalité qu’il lui fut possible, prenant bien garde qu’aucune de ces espèces ne pût être détruite. Après leur avoir donné tous les moyens de se garantir de la violence les uns des autres, il eut soin de les munir contre les injures de l’air et contre les rigueurs des saisons. Pour cela, il les revêtit de poils épais et de peaux serrées très capables de les défendre contre les gelées de l’hiver et contre les ardeurs de l’été, et qui, lorsqu’ils ont besoin de dormir, leur servent de couvertures. [...] Cela fait, il leur assigna à chacun leur nourriture : à ceux-là les herbes, à ceux-ci les fruits des arbres, à d’autres les racines, et il y eut telle espèce à qui il permit de se nourrir de la chair des autres animaux ; mais, pour cette espèce, il la rendit peu féconde, et accorda une grande fécondité à celles qui devaient la nourrir, afin qu’elle se conservât.

Mais comme Epiméthée n’était pas fort prudent, il ne prit pas garde qu’enfin il avait employé toutes les qualités pour les animaux privés de raison, et qu’il lui restait encore à pourvoir l’homme. Il ne savait donc quel parti prendre, lorsque Prométhée arriva pourvoir le partage qu’il avait fait. Il vit tous les animaux parfaitement partagés, mais il trouva l’homme tout nu, n’ayant ni armes, ni chaussures, ni couvertures. Déjà paraissait le jour destiné pour tirer l’homme du sein de la terre et pour le produire à la lumière du soleil ; et Prométhée ne savait que faire pour donner à l’homme les moyens de se conserver. Enfin voici l’expédient dont il s’avisa : il déroba à Héphaïstos et à Athéna1 le secret dès arts et le feu (car sans le feu cette science ne pouvait être possédée : elle aurait été inutile), et il en fit présent à l’homme. Voilà de quelle manière l’homme reçut la science de conserver sa vie. »

Le mythe justifie l’apparition de la technique comme une donation visant à réparer une injustice naturelle. Le paradoxe est le suivant : l’homme aurait droit artificiellement (ou divinement) à quelque chose en plus car il est mal doté par nature.

D’un point de vue anthropologique, l’hypothèse est intéressante, car on peut en effet supposer qu’un certain nombre de primates ont franchi le degré décisif vers l’humanité en développant leur conscience pour pallier à une insuffisance ou une impuissance physique. La conscience réflexive est justement ce qui renvoie directement à ce que symbolise la déesse Athéna : l’intelligence, c’est-à-dire d’abord la connaissance pratique. Dans le même ordre d’idée, le feu donné par Prométhée à l’homme, renvoie encore une fois à l’idée de conscience et d’héritage. On ne peut en effet s’approcher du feu qu’en ayant conscience de pouvoir le maîtriser et le domestiquer ; ce qui suppose de dépasser l’instinct qui fait fuir tous les animaux devant le feu.

Le mythe permet aussi de prendre conscience de la situation étonnante de l’homme : le plus faible de tous lorsqu’il est nu dans la nature, et virtuellement le plus puissant car doté d’une intelligence lui permettant d’inventer sans cesse de nouveaux moyens de vivre et de survivre. Et l’histoire, comme la fin tragique de Prométhée torturé par les dieux pour avoir donné à l’homme un lot divin, semble déjà nous mettre en garde contre cette puissance que l’homme peut développer grâce à son intelligence, son savoir-faire et son héritage.

Car chacun sait que derrière chaque outil se cache une arme, que la première pierre destinée à remplacer la faiblesse du poing fut bien vite jetée au loin puis contre quelqu’un. Chacun redoute au fond que cette technique destinée à maîtriser et à dominer la nature puisse se retourner un jour contre la nature humaine.

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