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Être de devoir-être : Souffrance et raison

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Être de devoir-être : Souffrance et raison

NietzscheIl est inutile de chercher ailleurs « quelle est la source du Discours, plus profonde que tous les discours ». Nietzsche lui-même en fait la remarque : à la différence du plaisir, qui n’a égard qu’à lui-même et ne regarde pas au-delà, la douleur « demande toujours des raisons ». S’il est vrai que « le problème de l’homme est moins la souffrance que le fait qu’il n’y ait pas de réponse à cette question : pourquoi souffrir? », il n’est pas moins qu’une telle question
appartient au phénomène même de la souffrance. L’impuissance du souffrir enveloppe une égale puissance d’indignation. C’est au cœur même chaouchs dans lequel elle plonge toutes choses que naît l’idée d’un ordre dont l’exigence ne peut pas être séparée d’elle. Ainsi prend sens un devoir-être dont l’origine reste, chez Avant, mystérieuse, et qui n’aurait sans cela qu’une nécessité purement logique.

L’empiriste radical n’a pas tort de dire que les philosophes, dans leurs raisonnements, n’ont affaire qu’à des ombres et que la réalité n’est connue que « de ceux qui la vivent et qui la sentent ». Il peut à bon droit tenir l’exemple, cité par Swift, de cet ouvrier de Cleveland se tuant après avoir tué ses enfants, pour un de ces faits « primitifs et indestructibles » qui sont dans notre monde, « après des millions d’années d’harmonie préétablie », ce que les atomes sont dans la nature. Mais son ironie ne s’adresse en vérité qu’à la « froide rhétorique » et à P« optimisme super f 1 ciel » d’un « système logique » qui, parce qu’il trouve en lui-même son point de départ, trouve aussi en lui même son point d’arrivée, et ne connaît de l’existence que le concept qu’il en a formé n priori. Elle ignore donc la différence entre le « rationnel » d’une pensée coupée de l’expérience et le « raisonnable » d’une conduite que la même expérience inspire et qu’elle s’efforce de retourner contre elle-même.

« Deux excès », pourrait-on dire en paraphrasant librement Pascal, « exclure la raison, n’admettre que la raison » : la souffrance condamne également l’un et l’autre. Elle est la raison mobilisée contre sa propre défaillance et recevant de la sensibilité elle-même sa loi. Cette raison n’est donc plus celle qui, dans la métaphysique ou, d’une autre manière, dans les sciences et dans la technique, étend son œuvre anonyme et chante sa propre gloire. Indiscernable encore de la protestation impuissante qu’élève contre elle-même la conscience souffrante, elle ne veut ni le
savoir ni la maîtrise. Seule l’anime l’idée d’une justification qui la surpasse et dont la conscience est pour chacun celle d’une fin située à l’infini. C’est une raison intérieurement limitée et originairement accordée à la vie singulière de la personne.Nietzsche

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